LE LENDEMAIN D UN RUINE
En secouant les oreillies, Frossart se dit, quelques jours après sa triste mésaventure : « Le choc a été rude, mais il ne faut pas se laisser abattre,
si ces gens de justice étaient venus une heure plus tard, j'encaissais le soir même de leur visite près de cent mille francs. J'ai eu mon "Waterloo. Le sort de la bataille a dépendu de quelques minutes. Mais Vais-je pour cela m'enterrer dans le désespoir? Bah! c'est à recommencer...»
Un valet entra au milieu de ce monologue de Froissart.
« Monsieur !
— Qu'y a-t-il ?
— C'est le mémoire du tapissier : dix mille francs...
— Qu'il revienne...
— J'ai eu le tort, reprit Froissart, de donner trop d'éclat à mon projet : j'ai éveillé les soupçons de la police...
— Monsieur!
— Encore !
— C'est le mémoire de Chevet : cinq mille quatre-vingt-deux francs...
— Qu'il repasse un autre jour... Avec du mystère... plus d'adresse dans le choix des invités... au lieu de dîners, de simples collations...
— Monsieur !
— Une troisième fois !
• — C'est le mémoire de votre bijoutier : vingttrois mille francs quarante centimes.
— Qu'il laisse son mémoire. Je ne m'y prendrai plus ainsi à l'avenir. C'est une leçon dont je ferai mon profit. D'abord...
— Monsieur !
— Encore un mémoire !
-~ Oui, monsieur.
— Tous les mémoires se sont donc donné rendez-vous aujourd'tiui ! On me croit donc bien riche depuis liier?
— Non, monsieur, c'est parce qu'on vous sait ruiné depuis hier.
— Ce valet a dû servir chez quelque philosophe de l'antiquité.
— Non, monsieur, répondit le valet qui avait entendu la réflexion de Froissart, mais chez deux agents de change.,.
— Qui jouaient comme moi à la roulette?
— Non, monsieur, sur les fonds publics. »