ACTIONS
La société n'est pas moins féconde que la nature à varier les types qui sortent de son moule. Vous croyez tout connaître? traversez seulement le ruisseau, et vous tombez au milieu de nouveaux visages, de nouveaux caractères, d'autres mœurs, d'autres langues.
Dès que Froissart eut mis le pied dans le pays
des affaires, et des affaires comme on les faisait vers 1835, ses salons furent pleins de gens issus d'une autre race, gens parlant vite, debout, se levant à six heures du matin, courant en cabriolet les quatre coins de Paris, avec les poches bourrées de projets. Ils assiégeaient Froissart, qui les écoutait souvent du haut de son lit.
Ces confidences l'instruisaient aux affaires et lui plaisaient par leur côté aventureux.
A ce moment-là surtout qu'elles n'étaient pas encore déshonorées par la friponnerie, elles présentaient quelque chose de grand à Timagination.
Il s'agissait d'ouvrir des mines inconnues pour en tirer des métaux; de joindre par des canaux deux pays éloignés l'un de l'autre, d'alimenter toute une population à la fois.
Il y eut un beau frémissement en France, immense corps qu'on ne remue pas sans l'électricité d'une idée. Froissart, qui aimait les étrangetés, se passionna pour les affaires par actions, et ses trois cent mille francs lui permirent de prendre dans presque toutes ces affaires un intérêt d'associé ou d'actionnaire.
Il prit des actions dans :
Les brasseries,
Les imprimeries,
Les tanneries, f
Les constructions, ?
Les houilles, \
{.es asphaltes,
ARISTIDE FROI3SART. I4I
Les bitumes, Les chemins de fer, Les restauraiits-omiiibus, Les cubriolets-milord, Les vespasiennes.
Les mines d'or,
Et dnns beaucoup d'autres opérations dont nous ne nous souvenons plus, mais dont les rentiers se souvinrent dans ce monde, et les noyés et les asphyxies dans l'autre.