‹ Aristide froissartChapitre 52 sur 79 · UNE PIERRE SOUS LA ROUE DU CHAR · texte numérisé non relu

UNE PIERRE SOUS LA ROUE DU CHAR

Avant de devenir à rien, les actions industrielles, qu'une tourbe d'étourneaux avides avaient échangées contre du bon argent, présentèrent le spectacle offert autrefois par la banque de Law et les assignats.

Rien n'étant indéfini comme rien, elles s'élevèrent pendant quelque temps à un taux fabuleux.

Les prudents, les hardis, les mieux avisés, les poltrons vendirent, mais les braves gardèrent en portefeuille.

Ils espérèrent en des bénéfices monstrueux, ils réalisèrent en imagination des trois cents pour cent.

« Pourquoi, se disaient-ils, les actions que nous avons prises dans chacune de ces opérations n'égaleraient-ellcs pas un jour en prospérité les actions de la Compagnie des Indes, des Quatre-Canaux et des mines d'Anzin, ces trois grâces, ces trois vertus théologales actuellement citées comme des modèles de succès! »

Froissart fut de ceux qui gardèrent : il attendait le bon moment, sur le moelleux oreiller de l'existence qu'il s'était arrangée entre le hasard et la paresse.

« Veux-tu connaître la couleur du bonheur? dit-il un jour à sa femme en l'amenant devant son secrétaire ; la voilà. Regarde ! Rubens n'en era-

ploya jamais d'aussi expressives. » Froissart avait dispose sur une étagère, comme un peintre dispose ses t.'intes sur la palette, les actions diversement coloriées qu'il avait dans les spéculations dont Paris retentissait en ce moment.

On voyait des actions :

Bleu de ciel, Bleu Byron, Rose tendre, Chamois, Beurre frais.

Vert d'émeraude.

Blanc d'amande, Jaune d'or.

« C'est l'arc-en-ciel, ajouta-t-il en terminant la brillante revue de ses richesses, de toutes nos félicités futures; saluons l'arc-en-ciel.»

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