PROJETS DE MIGRATION
Voyant avec douleur combien la santé d'Adeline avait été altérée par les affreux traitements de Froissart, le duc lui proposa d'aller passer la belle saison à Lisbonne. L'air sidou:\, si salu-
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taire du Portugal la rétablirait. M"'* de Neuvi. lette ne fut pas la dernière à être de cet avis, qui fut aussitôt partagé par le marquis.
Comment Adeline eût-elle résisté? Sa mère et son père l'engageaient à céder aux offres de M. de Villa-Réal; elle-même n'avait presque pas la force de les combattre, tant elle s'habituait déjà à la volonté affectueuse de celui qui les faisait. Il se mêlait un respect si soutenu à toutes ses instances, même les plus ardentes, que, quoi qu'il exigeât, elle croyait moins se soumettre aux prières de l'amant qu'aux conseils d'un ami. Elle avait si doucement fait le premier pas et si volontairement, bien que le hasard n'y fût pas étranger, qu'elle n'osait plus reculer sur aucun point. C'eût été s'accuser d'être allée trop avant.
Que de femmes se perdent ainsi pour ne vouloir pas s'avouer qu'elles sont déjà égarées!
Elle ne dit ni oui ni non, mais elle laissa s'achever les immenses préparatifs de voyage qui se faisaient concurremment avec le déménagement nocturne de Froissart.
Le commissaire de police, instruit de la scène qui avait eu lieu chez Froissart, au grand scandale des voisins, l'avait fait citer, et c'est pour éviter de paraître chez ce mai^istrat qu'il avait jugé à propos de s'évader comme un locataire qui n'a pas de quoi payer son terme.
ARISTIDE FROISSA !i T. I7J
c E Q^u 'emporta FROISSART
E N Q.U ITTANT LE MAGNIFI Q^U E HOTEL Q.UI tUI AVAIT APPARTENU.
Deux paires de bottes; une à ses pieds, l'autre dans sa poche.
Un Homère sans traduction.
Une vue de Clichy,
Vingt pipes.
Un traité de blason annoté par luî.
Le portrait dos quatre gardes du commerce qui l'avaient arrêté.
Le portrait de sa femme peint par lui, un véritable chef-d'œuvre de coloris.
Une caricature de sa belle-mère.
Un autographe de son portier.
Phénix, son chien, le suivit.
MADAME DE NEUVII.ETTE n'eST PAS ASSEZ VENGÉE.
«La victoire est belle, se disait M"'® de Neuvilette, mais elle n'est pas aussi complète que je la veux, et comme elle est due à une femme outragée dans sa dignité, dans celle de sa fille et de son mari. Froissart est perdu, sans doute; je prétends qu'il le soit sans retoir, sans espoir; qu'il n'ait plus le droit de nous considérer conme ses parents, puisiue le malheur a tait que nous
nous soyions alliés à lui ; enfin je ne serai contente que lorsq le la loi se sera mise de moitié dans notre vengeance pour la consolider. Il me faut une séparation de corps et de biens prononcée par les tribunaux. Il y aura du scandale, c'est possible, mais quel scandale se compare au moindre de ceux dont nous avons subi l'affront sous cet homme odieux? »