‹ Aristide froissartChapitre 74 sur 79 · MAIS MOINS NOBLE Q.U E LA PRECEDENTE · texte numérisé non relu

MAIS MOINS NOBLE Q.U E LA PRECEDENTE

Une troisième ou quatrième fois, Froissart se trouva sur le pavé, ne sachant quel emploi donner à son esprit pour nourrir son corps, et non-seulement le sien, mais encore celui de ses trois amis, car ils avaient encore moins de ressources que lui dans les positions difficiles.

Un homme comme Froissart, qui ne possède foncièrement aucune profession, est toujours plus sûr de se tirer d'embarras que celui qui s'obstine à faire des romances ou des statues ce qui, on en conviendra, est moins que rien.

lisse promenaient tous les quatre dans le jardin du Palais-Royal, ce rendez-vous des désoeuvrés de toutes les nations, depuis le souverain détrôné jusqu'au domestique sans place, lorsqu'un de leurs amis de collège, bien connu d'eux par ses allures industrielles, les aborda et vint s'informer de ce

qu'ils étaient devenus, de ce qu'ils faisaient, s'ils étaient heureux.

Il n'adressa pas cette question à Froissart, sachant, comme tout le monde, le grand désastre dans lequel avait péri sa fortune.

Quand il eut appris leur détresse, et bien ri avec eux du dernier métier de Froissart, il leur dit :

« Mes amis, vous voyez en moi un homme de talent aussi déshérité que vous du côté des richesses, mais qui, au moment où ils vous a rencontrés, cherchait quelques amis pour leur communiquer la joie d'un projet magnifique.

— Tous tes projets sont magnitiques, dit Lacervoise ; c'est là leur moindre défaut.

— Je vous y associe tous les quatre, si vous le voulez.

— Nous voulons tous.

— Justement je cherchais des associes.

— Diabb ! mais des associés sans mise 5t fonds... dit Froissart, car autrement...

— Vous m'apportez la plus belle des mises de fonds : le talent.

— Mais qui donc apporte l'argent ? demandèrent les quatre amis.

— 11 n'en faut pas. Mais allons sous ces arbres; si l'on m'entendait, on pourrait me voler mon idée. A Paris, il y a des gens pour faire l'idée, de même qu'il y en a pour faire la montre et le mouchoir. »

Ils se placèrent à l'écart.

« Tu as spéculé sur l'amour-propre, reprit le

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nouveau venu qu'on nommait Grandier, en s'adressant plus particulièrement à Fioissart ; c'est un peu usé, soit dit entre nous. Moi, j'ai le projet de de spéculer sur un sentiment plus productif quand on le presse. Ce sentiment, c'est la p-ur, et la peur ne s'use pas ; on a toujours peur. Me comprenez-vous ?

— Pas encore.

— Vous allez me comprendre.

— Nous t'ccoutons.

— Nous fondons un journal. Nons débutons par-là. »

Froissart et ses compagnons éclatèrent de rire à cette grande révélation faite avec tant de mystère.

« Oh ! fonder un journal ! voilà une idée neuve s'écria Lacervoise, quand des journaux qui ont vingt ans d'existence ne couvrent pas leurs frais! Comment l'appellcrons-nous, Ci journal dont le besoin ne se fait pas du tout sentir? L'Impartial, journal politique, littéraire et agricole? ou le Décentralisateur, journal des intérêts conservateurs et de la culture des vers à soie ? ou...

— Du reste, interrompit Beaugency, il ne faut, pour commencer, que cent mille francs de cautionnement p us trois ou quatre cent milli francs de frais de rédaction... c'est une baeatclh... Vive Grandier !

— Je ne vous propose pas de fmdcr un journal politique, répliqua celui qui avait essuyé sans découragement ces railleries.

— Ah ! c'est donc un journal littéraire, paraissant le dimanche ; quelque Abeille poétique, ou quelque Ruche dominicale, ou quelque Papillon de pensionnat !

— Je vous ai dit que notre journal spéculerait sur la peur, serait fondé sur la peur, vivrait sur la peur. Que voyez-vous là-dedans de politique ou de littéraire?

— Je vois alors , dit Lacervoise , que notre journal serait essentiellement moral. Cela nous va. »

Le nouveau venu fit un signe afBrmatif.

<( Bon voilà qui est ronde-bosse! Un journal moral! »

Froissart devenait pensif. Ce n'était plus la bonne nature décousue de ses amis qu'il avait devant lui ; il examinait un produit bizarre de la misère et de la civilisation. Grandier l'amusait moins qu'il ne le préoccupait. Au surplus, il fallait le voir à l'œuvre , et l'on discutait encore les principes.

« La peur! la peur! dit en ricanant Lacervoise, ce n'est pas déjà si neuf non plus.

Veux-tu dire par là que tu proclameras la vérité ; que tu critiqueras avec indépendance, avec franchise, les hommes et les choses; que tu ne craindras pas de dévoiler les défauts dont tes yeux seront choqués ; que tu ne seras arrêté dans ta courageuse mission ni par le rang, ni par la réputation, ni par la fortune ; que tu braveras, pour la défense de la vérité, la prison, l'exilj et même l'échafaud?,.. Si nous n'avons que

ce pain-là sur Ja planche, nous risquons de manger la planche... Quel journal n'a pas pris dans son prospectus cet engagement envers Dieu et ses abonnés futurs ?

— Notre journal, reprit froidement le nouveau venu, n'attaquera ni les défauts, ni les vices, ni les crimes.

— Et que fera-t-ii ?

— Ce qu'il fera? Suivez-moi, vous le saurez.

— Mais encore chez qui faut-il te suivre? demanda Froissart.

— Chez l'imprimeur. Pour agir, pour nous manifester, il nous faut une presse, cet organe du quatrième Pouvoir. J'en ai une. Suivez-moi chez le quatrième Pouvoir. »

ou EST tOGE L E Q U ATRIÈME POUVOIR.

Le premier Pouvoir est aux Tuileries ;

Le second, à la chambre des députés ;

Le troisième, au Luxembourg ;

Le quatrième... voici un des logements du quatrième Pouvoir, autrement dit la Presse.

Précédés de leur nouveau compagnon, les quatre amis se dirigèrent vers le faubourg Montmartre, et entrèreut dans une des nombreuses ouvertures dont était percé l'ancien quartier de la Boule- Rouge, récemment démoli.

La Boxile-Rouge était une des maladies qu'avait Paris, comme il en a encore beaucoup sur son vaste corps.

Au lieu de s'appeler scrofules, teigne, gales, les maladies de Paris prennent les noms de Boule- Rouge, Truander ie , Montfaucon, Charnier des Innocents, etc.

Mais on l'a guéri de la Boule-Rouge.

Pour arriver à l'endroit où se logeait le quatrième Pouvoir, on franchissait d'abord une mare à canards, qui avait fini, d'empiétements en empiétements, par dévorer le trottoir, et s'étendre sous la vaste porte d'entrée de la Boule-Rouge.

Aux deux côtés boueux de la porte, deux marchands de vin florissaient, l'un à la Boule-Bouge, l'ajtre à la Rouge-Boule, afin d'éviter la contrefaçon en matière d'enseigne.

La cour n'était qu'une faible partie du plateau sur lequel s'élevait la Boule-Rouge, immense terrain qui, lorsqu'il sera encore chargé de constructions, contiendra une population de deux mille âm:s au moins.

Qu'on juge de la quantité de maisons, ou plutôt de masures, qu'on y avait entassées comme du fumier. On se demande comment les propriétaires faisaient pour s'y reconnaître au moment du loyer, si toutefois ces choses avaient des propriétaires, et si surtout elles payaient un loyer.

Au bout de cette cour, qui n'offrait aucune forme descriptible, tant les chicots de maisons plantés dans ce marécage se plaçaient au hasard, on distinguait, grâce à ses châssis de papier, le palais

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du quatrième Pouvoir : c'était une imprimerie borgne comme tout ce qui peuplait la Boule-Rou^e, où grouillaient des iiommc;s d'affaires borgnes, des mcdicins borgnes et beaucoup d'autres établissements très-borgnes.

Près de la porte de cette imprimerie, était le baquet de tradition où l'on plongeait les feuilles destinées à l'impression.

« Où nous conduis-tu?

— Mais nous sommes arrivés, répondit Grandier.

— Arrivés!... mais cela ne manque ni de style, ni d'an certain ragoût, dit Lacervoise ; c'est charmant !

— C'est nous ! dit Grandier, c'est nous ! » en pénétrant le premier dans le caveau humide et obscur, où se laissait voir une presse qui râlait sous les efforts d'un pauvre diable maigre et osseux pendu à une manivelle éreintée comme lui, assisté d'un enfant hideux qui ne pouvait manquer de se faire un jour un grand nom dans les lettres. Cet enfant avait une mitre en papier.

A ces mots: C'est nous! un petit Iiomme d'un blond atroce, dont le nez tranchait en noir sur des joues rouges, et son nez était noir d'encre d'imprimerie, enfin très-comparable à un pois d'angole, à cause de ces deux teintes tranchées, disparates, s'avança, une pipe à la bouche, et dit à ces messieurs :

« Je ne vous offre pas de sièges...

— Je le crois sans peine, murmura Lacervoise.

— Mais nous pouvons parler aussi bien debout.

— Ces messieurs, dit Grandier, composeront la rédaction du journal, ce sont quatre hommes de talent: M. Froissart, ancien capitaliste...

— Ah! monsieur est capitaliste, dit avec un frémissement de caniche le pois d'Amérique.

— Je le fus, répliqua Froissart. » Grandier reprit :

« L'ami Froissart nous sera d'une grande utilité, ayant vécu longtemps dans la haute société, dont il connaît tous les grands noms. Personne, aussi bien que lui, ne pourrait nous dire les bons endroits, ceux oîi il faudra faire chanter.

— Qu'est-ce que cela veut dire, faire chanter ? demanda la Dernière Guitare, que ce mot chanter intéressait toujours. »

Le Grandier et l'imprimeur se regardèrent avec un sourire de supériorité,

« SufBt! dit le petit imprimeur, poursuivez, monsieur Grandier.

— Monsieur est artiste, poursuivit Grandier et montrant Lacervoise, un artiste méconnu, il éreintera, il traînera dans la boue tous ses confrères qui ont des places à l'Institut, accaparent les commandes et sont riches à millions... Il se charge de cette catégorie; il la fera chanter.

Celui-ci est aussi un artiste très-distingué ; vous avez dii entendre parler de la Dernière Guitare, un génie sans issue, c'est lui qui se chargera de faire chanter les directeurs de théâtres, les acteurs, les actrices qui ne voudront pas prendre vingt abonnements à notre journal. »

tçs quatre amis croyaient être au fond de l'an-

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tre de la Sibylle, tant ce qu'ils entendaient leur semblait nouveau, mj'stérieux, énigmatiquc.

« Quant à monsieur, continua Grandier, en indiquant Beaugency, il aura pour fonction de recevoir avec moi les personnes qui viendront demander des éclaircissements, des rétractations et des réparations.

■ — Avez-vous arrêté le titre? s'informa l'imprimeur, satisfait de la généalogie des collaborateurs acquis au journal.

— Oui, dit Grandier, le journal s'appellera le Purgatoire.

— Le Purgatoire! s'écria Lacervoise, c'est peu gai.

— Mais non, ce n'est pas mal du tout, fit observer l'imprimeur. Je vois d'ici la portée de ce titre.

— Il est parfait, dit Grandier. Jugez-en. Tant qu'on n'aura pas chanté, on restera dans le Purgatoire ; si décidément l'on ne veut pas chanter, on tombera dans l'Enfer ; si enfin l'on chante, on ira en Paradis.

— J'approuve, dit l'imprimeur, va pour le Purgatoire! Nous pouvons donc tirer la première page. La Jaunisse! cria-t-il au pressier, halte-là! les billets de mort : nous les reprendrons plus tard, nous allons mettre sous presse la première page du journal.

— Nous apprendras-tu enfin, demanda Froissart à Grandier, d'abord ce que tu entends p^r faire chanter, et ensuite à quoi nous pouvons t'être Utiles ?

— Vous ne me demandez pas moins, répondit l'honnête Grandier, que de savoir ce qu'est le journal que nous allons fonder vous allez enfin l'apprendre :

L E CH ANTAC E,

Il y a à Paris des gens riches et d'autres qui ne

le sont pas ; nous sommes de ceux qui ne sont pas riches.

Pour rétablir autant que possible l'équilibre, on a parlé, dans ces derniers temps, de loi agraire, de communisme, de partage des biens ; graine de niais que tout cela !

D'ailleurs, nous n'avons pas le t^mps d'attendre ces grandes catastrophes sociales. Il faut que nous possédions aujourd'hui, à l'instant, tout de suite.

— Comme il y va ! dit Lacervoise.

— Le riche, reprit Grandier sur le visage duquel brillait en ce moment un reflet de Lacenaire, le riche qui n'a pas peur du sabre des communistes, redoute le morceau de papier carré intitulé journal. Si ce journal le menace d'écrire, à côté de son nom, les turpitudes de sa vie, la peur le prend à la gorge, il pâlit, il tremble, il fléchit, il tombe sur son portefeuille, l'ouvre... nous sommes là pour prendre. Et le morceau de papier exerce son redoutable empire sur le faiseur d'affaires, dont les spéculations ont plus d'une dartre à la peau, çur le fonctionnaire dont la moralité domestique

n'est pas exemplaire, sur l'actrice dont la vie est dans le talent, dont le talent est dans la renommée, dont la renommée est dans nos mains. Les mots tuent ; et chaque homme a un mot qui peut le tuer. Balançons ce mot sur sa tête jusqu'à ce qu'il l'ait baissée, jusqu'à ce qu'il ait racheté par l'or son péché originel. Voilà, mes amis, ce qu'on appcWe faire chanter. J'avais donc raison de vous dire que la spéculation sur la peur valait mille fois mieux que la spéculation sur l'amour-oropre. Regardez ce caveau obscur et froid; eh bien ! avec de la persévérance, du courage, dans la voie oii je vous mets, nous pouvons le changer en un palais de marbre et d'or. »

Grandier s'étant tu un instant, les quatre amis se regardirent avec autant de suprise que d'effroi. Ils connaissaient l'oisiveté, la paresse dans ce qu'elle a de plus exquis, la flânerie la plus quintessenciée, la vie dans ses plus joyeux écarts, mais ils n'avaient jamais été si loin en hardiesse d'imagination.

Tous quatre instinctivement reculèrent. C'étaient des étourdis, des libertins, des fous, mais ils n'étaient que cela.

Grandier s'aperçut de leur hésitation.

« Je ne connais rien de plus honnête que mon projet, reprit-il ; nous moralisons les riches à notre profit. Quoi ! vous rougiriez d'arracher en riant vingt-cinq louis à l'industriel qui vole cent mille francs par an dans la poche du pauvre ? quel tort faites-vous au pauvre? c'est là ce qu'il importe de considérer. Aucun. Au contraire^ notre

mission, au bout d'un certain temps, peut si bien réformer la socit-té, qu'il n'y aura plus d'abus, plus de friponneries, plus de pauvres...

— Il n'y aura plus de pauvres... que les riches, murmura Lacervoise.

— Voici l'épreuve de la première page du journal, vint dire l'imprimeur; il nous faut à l'instant même la copie de la seconde page, si nous voulons paraître demain matin.

— Comment, si nous voulons paraître demain matin! nous allons écrire tout de suite la seconde page, dit Grandier à l'imprimeur. Vite! de l'encre! vite! du papier! vite! des plumes! que chacun abatte dix lignes. — Allons, toi, Froissart, résume-moi tes souvenirs, vite un nom, un scandale, une haine, un bon coup de boutoir. Je me charge du reste. Toi aussi, Lacervoise! toi Beaugency! Rien n'est plus gai, plus réjouissant, vous le voyez, que ce métier. Et vous, s'adressant à l'imprimeur faites-nous commander à souper dans le restaurant du Faubourg. Nous sommes cinq. Vingt douzaines d'huîtres, quatre douzaines d'OstenJe, un homard, deux poulets truffés, un pâté de volailles, des goujons frits, des pommes à la Condé, trois bouteilles de Bordeaux, trois bouteilles de Bourgogne vieux, et deux bouteilles de vin de Champagne frappé. Allez ! nous souperons à minuit pendant qu'on tirera le journal.

— Mais qui payera ce fastueux souper? s'écria Froissart tout à la fois ravi de la perspective d'un délicieux repas et etïrayé sur les conséquences de )a carte à payer.

— Qui le payera?... personne,

— Comment personne?

— Ecoutez-moi: le restaurateurchezlequel nous allons souper a fait trois fois banqueroute : une fois à Bordeaux, une autre fois à Nantes, une troisième fois à Rouen. Au dessert je lui dirai : Faites présenter la carte demain à l'imprimerie de la Boule-Rouga.

— Mais alors tu comptes payer...

— Ne m'inter.ompez pas. Demain matin, avant que sa carte ne soit envoyée, il recevra un exemplaire de notre journal. Dans le journal se trouvera cette phrase sur lui, rien que cette simple phrase :

« Le restaurateur X*** du faubourg Montmartre est un hiibile homme; nous le recommandons spécialement à nos lecteurs. Comme goiit il n'a pas encore failli à Paris. »

Il comprendra la portée indirecte de ce mot failli, tracé en caractères italiques, et vous ne verrez jamais de carte, si ce n'est sa carte de visite, comme pour vous remercier d'avoir honoré de votre présence son établissement. Mais à l'œuvre ! à l'œuvre ! »

Les quatre amis restèrent muets d'admiration devant leur maître ; et, poussés par le souffle de ce démon, ils se mirent en mesure de fournir leur part de rédaction au journal.

Une partie de la nuit ils noircirent des carrés de papier qui, revus et retouchés, ou plutôt aiguisés par Grandier, passaient ensuite sous les yeux

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de l'unique compositeur de l'imprimerie de la Boule-Rouge

Parfois s'élançaient sous les voîîtes de cet antre des éclats de rire isolés, signa caractéristique de la verve apportée par chaque collaborateur à l'achèvement de la besogne; et de temps en temps Grandier, sans cesser d'écrire, s'écriait :

« Courage ! mes amis, le souper chauffe ! on ouvre les huîtres! on frappe le Champagne! encore un bon coup de stylet! pas de pitié surtout! Abattez, abattez ! »

Vers trois heures le compositeur apporta encore humides sur la table de rédaction les deux pages du journal, et les collaborateurs purent admirer leur nouveau-né.

« C'est avec cela, s'écria Grandier extasié, qu'on gouverne le monde bien mieux qu'avec du canon, et qu'on renverse aujourd'hui les plus fortes monarchies. C'est avec cela qu'on a brisé la puissance de Charles X et qu'on brisera tous les rois qui ne voudront pas reconnaître la supériorité de la presse, quatrième Pouvoir plus fort que tous les pouvoirs. Mais examinons si notre premier numéro est digne de voir le jour. »

Grandier prit alors l'épreuve du nouveau journal et retendit sur un pupitre, afin que tous ses collaborateurs et lui pussent indiquer en le lisant les corrections nécessaires.

Pendant ce temps l'imprimeur et le pressier disposaient la presse à recevoir l'épreuve dès qu'elle aurait été revue.

Voici sous quel aspect se présentait le journal

auquel Froissart et ses amis avaient apporté le tribut de leurs veilles, comme on dit encore dans le beau langage académique.

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