Poét., ch. V, ch. IX
LES ORIGINES. 2i
satire politique. Mais, tout en la laissant libre, on ne jugea pas à propos, pendant longtemps, de lui ouvrir les portes de la cité, et on l'abandonna, livrée à elle-même, comme un divertissement populaire sans importance.
Le théâtre était à Athènes une institution d'État; la comédie ne pouvait y être représentée que sous le patronage de la république; tant que la république ne faisait pas attention à elle, selon le mot d'Aristote, elle était condamnée à l'obscurité. Nous ne savons pas ce qu'étaient ou. ce qu'auraient pu être les pièces des premiers poètes comiques athéniens, authentiques ou non, Ecphantis et Chionidès, mais il est certain que la comédie ne put pas flgurer dans les cérémonies officielles, tant que la démocratie ne se sentit pas assez lUire pour la supporter. Évidemment, il ne faut pas prendre à la lettre les notices confuses ot. les compilateurs anonymes racontent que, pour se venger des exactions des riches, les paysans avaient l'habitude de leur faire pendant la nuit des charivaris; que, peu à peu, le peuple trouva le procédé très commode et très moral, et qu'enfin, on pensa à l'employer officiellement pour châtier les méchants, c'est-à-dire les adversaires du peuple ^ Ce sont là des légendes enfantées par le besoin de tout savoir et de tout expliquer, et par l'idée que se faisaient les anciens du rôle moral du théâtre. Il en faut cependant retenir ceci, que les scénarios des farces jouées dans les bourgs s'étaient, à la faveur de la liberté politique, remplis d'attaques personnelles ; qu'après avoir raillé les voisins, les premiers venus, on s'était risqué, sans péril, à mettre en scène les magistrats, et qu'ainsi la comédie politique fit son entrée à Athènes, sur le théâtre, à la faveur de la
1. Voir particulièrement la notice IV et la notice IX», lignes 4 et «uiv.
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liberté. Tandis que l'idée religieuse avait fait admettre la représentation du drame satyrique et de la tragédie comme une des cérémonies régulières de la fête de Dionysos, il semble que la comédie ait dû plutôt à son rôle politique Thonneur d'être adoptée par la cité *.
Cette adoption n'eut lieu qu'assez tard. Il fallait que rÉtat fût calme pour que cette tentative réussît. Tant qu'Athènes lutta pour l'existence, la comédie ne figura pas au théâtre. Tandis que la représentation des drames religieux et patriotiques d'Eschyle élevait et unissait les âmes, la comédie politique n'aurait pu que les affaiblir et les diviser. Vint bientôt un moment o^ la prospérité de rÉtat et la puissance grandissante de la démocratie rendirent possible cette consécration définitive du spectacle comique. La comédie fut alors admise au théâtre, au même titre que la tragédie. Les riches, qui n'auraient eu garde de l'y introduire eux-mêmes, cherché, eit aussitôt V à s'en servir contre le peuple. Née de la liberté démocratique, elle se mit au service de l'oligarchie.
A quelle époque son entrée au théâtre eut-elle lieu? il est impossible de le dire. On sait seulement que déjà, dans la 78® olympiade (467-464), une comédie figurait parmi les représentations autorisées par l'archonte et préparées par le chorège, au nom de l'État; le chorège était Périclès *. Or, c'était le moment où Périclès allait briser la puissance de l'aristocratie en dépouillant l'Aréopage de ses privilèges. 11 se peut qu'il ait voulu alors faire servir la comédie à ses desseins, et que cette date
1. Denys d'Halicarnasse, Bhét., il; cf. notice XI, vie d'Aristophane, « aÏTiov Yap x(i)(i(j)Ôta; xb ffxwTCTetv Ttvàç », et notice I, 1. 35, « oxoTToO yàp ÔVTOC ty)c àpx<xiocc xa){i.(p§îac toO (nccoTCTeiv 6iQpiou; xal Sixaarà; xal aTpaTYJYoyÇ »•