‹ Aristophane et l'ancienne comédie attiqueChapitre 11 sur 242 · Voir Koehlor, MiWtcll. d. d. A. InsL, Ilf, p · texte numérisé non relu

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soit véritablement celle de rintronisalion officielle du nouveau genre de spectacle.

Le sentiment démocratique imprima donc à la comédie une direction particulière; c'est, avec l'origine religieuse de la comédie, ce qui la fait le mieux comprend) e. Les boulTonneries jouées de bonne heure dans les dèmes de l'Altique par des acteurs volontaires *, au moment desfêtes de Dionysos, ressemblaient aux satires virulentes et personnelles d'Archiloque bien plus qu'à la satire inoffensive du Margitès. f Je ne sais qu'une chose qui m'importe, dit quelque part Archiloque; c'est de rendre lemal avec usure à qui m'a fait du mal*. » La comédie allait encore plus loin; elle ne se contentait pas de rendre le mal; elle en faisait, par plaisir ou par méchanceté. Aristote revient dans plusieurs de ses ouvrages sur cette différence, essentielle, selon lui, entre la comédie de mœurs, qui est la vraie comédie, et la comédie primitive des Athéniens, qui était de la satire individuelle. Un passage suffira pour faire saisir cette distinction : « La plaisanterie de l'homme libre diffère de celle de l'esclave, et aussi celle de l'homme bien élevé de celle de l'hommesans éducation; la preuve en est dans les comédies \/ anciennes comparées aux nouvelles; pour les unes, le comique consiste ^^xvs^Vimulie grossière, pour les autres, dans V allusion^, » L'état politique des cités doriennesde la Sicile avait favorisé les progrès de la comédie de mœurs; à Athènes, ce fut la comédie satirique qui l'emporta. Ici, elle fut l'œuvre de la liberté démocratique; là-bas, elle dut son succès à la faveur ombrageuse des t vi ;-:îs.

-1. Aristote, Poél., V, « àXX' èOeXovxat ^<r«v ». 2. Fr. 6d, éd. Bui-gk.

/ 3. Morale à Nicomaque, IV, 8; cf. Denys de Thracc, scol.,p. T4Î>,

Toutes ces indications sont précieuses, mais si elles nous éclairent sur la nature de la comédie attique, elles ne nous apprennent pas avec précision ce que furent les premières pièces écrites et représentées, et de quels éléments elles se composaient. Ces pièces étaient perdues au temps d'Aristote, et il nous serait difficile d'en savoir plus long que lui. Cependant, quelques vers d'Aristophane nous fournissent des renseignements un peu plus précis. On en peut conclure que, du jour où la comédie devint un genre littéraire, la parodie y tint une grande place. Elle fournissait au poète un plan presque tracé d'avance, une sorte de livret, et un grand nombre de développements. Les attaques personnelles étaient le ragoût de la pièce, mais les éléments de l'action étaient empruntés à la Fable. Un de ces sujets, tirés de la Fable, paraît avoir eu un long succès. C'est le roman comique d'Hercule. L'Hercule héroïque, justicier, intrépide et terrible, devenait un pleutre vorace et stupide, auquel on prêtait des aventures burlesques. La légende d'autres dieux, comme Zeus, ou celle du dieu parrain de la comédie, Dionysos, put prêter une matière abondante à des travestissements semblables : les Grenouilles d'Aristophane en sont la preuve. En dehors des dieux, les héros les plus célèbres de la mythologie pouvaient être transformés en caricatures grotesques. Les conceptions idéales de l'épopée, de l'ode et de la tragédie, se changeaient en inventions basses, dont la satisfaction des l)esoins physiques était le thème inépuisable. On celé-

brait la fête du ventre et de ses organes; c'est là que la poésie, volontairement et officiellement, était descendue.

Pour renouveler cet éternel sujet, l'imaginalion des poètes avait à sa disposition toute la mythologie; elle avait aussi, comme nous l'avons vu, la satire contemporaine. Aristophane nous apprend qu'un de ses prédécesseurs, Magnés, après des succès éclatants, fut délaissé par les spectateurs dès qu'avec l'âge sa verve satirique l'eut abandonné ^ Quels sujets, quels personnages préférait cette verve satirique de Magnés? nous n'en savons rien; on doit admettre qu'elle n'épargnait pas les plus puissants personnages du temps. On était depuis bien des années sorti des guerres Médiques^ et les institutions démocratiques s'établissaient. L'habitude d'attaquer des contemporains sur le théâtre était peut-être même antérieure à Magnés, s'il faut en croire Suidas sur parole, quand il atteste que le poète Timocréon de Rhodes avait composé une comédie sur Thémistocle. Le fait est douteux et l'auteur mérite peu de créance, mais ce que nous savons certainement, c'est que ce même Timocréon avait écrit contre Thémistocle une satire célèbre dont nous possédons un assez long fragment.

Outre la mythologie et la satire, la comédie ancienne trouva une source d'inventions dans la fantaisie pure. Magnés en avait fourni des modèles. Il avait écrit des pièces dont les titres ressemblent beaucoup à ceux des poètes postérieurs, les Joueurs de luth, les Oisenu.r, les Lydietu, les Gallinsectes, les Grenouilles^, Il faisait entendre dit Aristophane des bruits de toute espèce, Coassements de grenouilles, chants de guitare, b;iltements d'ailes. Ainsis'expliquent dans Aristophane des

i. Ar., Chevaliers, 524-2o, 2. Ar., Chevaliers, 522-23.

ÎG ARISTOl»HANE.

titres comme les Nuées, les GitépeSy les Oiseaux, les Grenouilles, et tant de scènes extraordinaires d*audace, de gaieté ou d'obscénité, celle du marché dans les Acharniens, celle du scarabée dans la Paix, celle du mariage dans la Paix et dans les Oiseaux, et toutes ces imitations de parlers étrangers ou bizarres pour des oreilles attiques. Persans, Thraces, Spartiates, Béotiens, enfin toutes ces inventions d'une imagination puissante et hardie qui remplissent la comédie ancienne.

Un dernier progrès restait à accomplir pour que le poète comique eût à sa disposition tous les éléments dont se composa la comédie aristophanesque, je veux dire la peinture des mœurs. Non qu'elle fût encore tout à fait étrangère à la comédie. Elle existait à l'état rudimentaire dans les farces de village qui précédèrent la comédie; elle n'a pas pu disparaître avec elles. Aristote, à la fin de sa rapide esquisse de l'histoire de la comédie, loue Gratès d'avoir renoncé à la satire personnelle pour ne traiter que des sujets généraux *. Cela ne veut pas dire certainement que les prédécesseurs de Cratès s'étaient enfermés dans une action et dans des sujets où la pein* ture des mœurs n'avait aucune part. Mais Cratès fut le premier qui donna à cet élément de la comédie la première place, presque la seule place. Il fit à Athènes ce qu'avait fait Epicharme à Syracuse, et pour cela, il lui suffit d'imiter Epicharme. Il ne faut donc pas exagérer l'innovation de Cratès. Aristote s'y arrête avec intention» parce qu'il voyait dans les pièces de Cratès le modèle^ encore bien imparfait sans doute, de la comédie nouvelle, de la véritable comédie. Le public accepta cette comédie sans aiguillon, non sans doute avec le môme plaisir qu'il

i. Poét., ch. V.

avait ri aux piqûres de Tautre. Il ne demandait après tout qu'à être amusé, et ne semble pas avoir été difficile dans le choix de ses amusements. Il préférait cependant les comédies satiriques, et Cratès n'eut que des succès intermittents et contestés.

Voilà donc les quatre éléments dont le mélange constitua la comédie ancienne, parodie de la Fable, satire / des contemporains, fantaisie bouffonne, peinture des mœurs. Il est évident que ces quatre éléments n'y entraient pas avec des droits égaux; tandis que la satire y tenait la première place, la peinture des mœurs s'y montrait à peine. Il resterait à exposer comment ces cléments de valeur inégale s'accordèrent pour former une action, comment et quand la comédie, avec ses personnages, la succession des chœurs et du dialogue, sa mise en scène, fut à peu près organisée. Cette exposition me conduirait hors des limite^ de mon sujet; je ferai remarquerseulement, pour rendre plus facile rintelligence des pièces d'Aristophane, que l'élément satirique l'ayant définitivement emporté sur les autres, la comédie a dû s'organiser de manière à donner à la satire toute sa force et tout son éclat. Les chœurs, les dialogues, l'action ont dû être réglés en vue du résultat à atteindre, qui était ordinairement la défaite d'un parti politique; toutes les inventions du poète, parodies, fantaisies, caractères, devaient être subordonnées à ce but.

Les anciens ne nous ont pas donné d'indications précises et certaines sur l'histoire de ces développements organiques de la comédie. Là encore nous sommes réduits aux conjectures. Il faut, ce me semble, remonter jusqu'au poète Magnés pour rencontrer les premières comédjes satiriques construites sur le type de la comédie ancienne. Les nombreuses victoires dramatiques de Ma-

gnès* remontent probablement aux années 460-450; les représentations comiques étaient devenues une institution régulière. Ce seul fait suppose déjà une organisation assez complète de la comédie. Magnés aurait-il y^ d'ailleurs pu mériter les éloges qu'Aristophane donne à son talent, si la comédie n'avait encore existé qu'à l'état rudimentaire, sans que la part du chœur et celle des personnages fussent déterminées, sans qu'il y eût ni sujet ni conduite de l'action, sans que ses pièces eussent tous les caractères essentiels du genre dans lequel Aristophane lui-même s'essayait ? Je ne le crois pas, et j'hésite à considérer comme autorisé le témoignage du grammairien anonyme qui attribue à Cratinus la gloire d'avoir définitivement organisé la comédie*. Je ne vois pas comment cet anonyme aurait pu savoir ce qu'Aristote ignorait'; je crois voir clairement au contraire comment il a dû céder au travers de tous les compilateurs grecs qui, racontant cette histoire des origines de la littérature, s'évertuaient à en combler les lacunes par des hypothèses quelconques. La note de l'anonyme paraît inspirée parce besoin. Deux grands poètes, Eschyle et Sophocle avaient, dit-on, déterminé le nombre des acteurs; il fallait qu'un auteur comique en eût fait autant, et ce ne pouvait être que Cratinus, le plus célèbre des prédécesseurs d'Aristophane, dont on faisait, pour les besoins delà cause, remonter la naissance jusqu'à Tannée 520, très voisine de celle de la naissance d'Eschyle. On imaginait dans le développement de la tragédie et de la comédie un parallélisme parfait; à quelques

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