‹ Aristophane et l'ancienne comédie attiqueChapitre 9 sur 242 · Ar., Nuées · texte numérisé non relu

Ar., Nuées

£. Dans les Thesmophores d'Aristophane.

ijËS ORlGlNIilS. 19

a beaucoup fréquentée lui-même. Il nous la représente s'élançant sur la scène, des torches à la main, aiïublée de l'ignoble appendice en cuir, énorme, peint en rouge à l'extrémité, dont la vue, dit-il, fait rire les enfants*.

Tels furent les premiers essais de comédie; ils ne sont pas particuliers au théâtre attique; la folie de Dionysos a inspiré la comédie chez les Doriens comme parmi les populations ioniennes. Il faudrait maintenant chercher en quoi la comédie attique se distinguait des autres, et se rendre compte des progrès successifs par lesquels elle arriva à former un tout organisé. Aristote ne se prononce sur ce point qu'avec une extrême prudence, t La comédie attique fut lente, dit-il, à se faire jour, parce qu'on n'y prétait aucune attention ; les poètes n'obtinrent que t ard de l'archonte un chœur pour faire jouer leurs pièces ' . Cependant, elle finit par avoir ses organes, masques, ])ersonnage8, prologues et le reste; elle emprunta ses sujets au Sicilien Epicharme. »

Aristote constate dans ce passage les progrès rapides de la comédie dorienne comparée à l'autre. En cherchant les causes qui ralentirent à ce point le développement de la comédie en Attique, nous trouverons sans doute l'expHcation des ditFérences qui séparent les deux genres de comédie. Sorties de la même origine, la comédie dorienne et la comédie attique suivirent des voies diverses, conformément au génie des deux races. Les Doriens, bien

i. Ar., Nuées, 538 et suiv.

2. Poel., ch. Y, «... il Se xtopicpSia 6tà xà ^ii o"7touoàÇeff6at il àpX^» è).aO£v », et la suite.

qu'ils aient inventé, dit-on, les deux formes de Part dramatique * , n'eurent jamais de poètes tragiques renommés ; ils eurent, au contraire, de bonne heure, un grand poète comique, Epicharme. Les pièces d'Epicharme, quoique inférieures, à ce qu'il semble, aux tragédies d'Eschyle, son contemporain, auraient sans doute soutenu la comparaison avec les comédies de Gratinus, venu environ quarante ans après lui, et qui paraît avoir eu un génie égal. Pourquoi ce retard dans les progrès de la comédie en Attique, coïncidant avec une si éclatante supériorité dans la tragédie? Est-ce que le génie ionien était impropre à la comédie? Il a donné des preuves éclatantes du contraire. Est-ce parce qu'il n'y eut point à Athènes, avant Gratinus, un auteur capable de créer la comédie, comme Eschyle, au même moment, créait la tragédie? Cette raison a l'avantage d'être très simple, mais elle ne peut nous dispenser d'en rechercher d'autres.

Aristote remarque qu'il y a deux genres de satire, celle qui vise d'une manière générale les travers des ^ hommes, sans attaquer personne en particulier, et celle qui s'en prend tout droit aux individus. Or, s'il est vrai que les processions dionysiaques étaient favorables à ce second genre de satire, genre inférieur au gré d' Aristote, il est vrai, aussi, que la comédie doit tendre à se rapprocher du premier. Elle doit avoir en vue le général, non le particulier; son objet est de poursuivre les vices, non les gens vicieux*. La constitution politique des cités -7 doriennes, en détournant les poètes comiques de la satire ' individuelle, favorisa l'éclosion de la comédie de mœurs, tandis que l'organisation plus démocratique des cités ioniennes laissa le champ libre à la satire, même à la

4, Aristote, Poét., lll.

Page 1