‹ Aristophane et l'ancienne comédie attiqueChapitre 100 sur 242 · Cnnouilles · texte numérisé non relu

Cnnouilles

LE GOUVERISEMENT. — LES HOMMES. iG7

de l'empire athénien *. Ainsi, selon l'expression du poète Platon, les modérés se débarrassèrent deCléophon, comme ils s'étaient débarrassés d'Ephiallès, d'Hyperbolos, d'Androclès, comme ils avaient voulu se débarrasser de Gléon en renvoyant à Pylos, comme ils se débarrassèrent plustard de quinze cents citoyens exécutés par Tordre destrente tyrans. La gaieté sonore d'Aristophane paraît singulièrement lugubre quand on réfléchit que, depuis-^ Périclès, presque tous les hommes qu'il a bafoués et ridiculisés, et qui ont joué un rôle pendant la guerre du Péloponnèse, ont péri de mort violente, les uns tués par Tennemi, les autres par le bourreau, les autres assassinés. La mort môme de ses adversaires n'arrête pas son rire insolent; dans les Acharniens il rit de Périclès qui vient de succomber à la maladie et au chagrin; il rit dans la Paix de Gléon tombé devant Amphipolis; il rit dans les ThesmopJiores d'Hyperbolos assassiné à Samos; dans les Grenouilles, de Phrynichos frappé d'un coup de poignard, et d'Euripide à peine enseveli. La comédieancienne chante ses couplets égrillards et danse sa danse carnavalesque sur un sol couvert de cadavres.

Nous avons fait connaissance avec les protagonistes de la pièce; voici maintenant la mascarade des comparses et des figurants. D'abord l'orateur Euathlos, un de ces flatteurs éhontés qui léchaient la tête de Cléon, homme d'origine étrangère, digne de servir comme étranger dans la garde scythe ', puis Archédème le

i. Lysias, contre AgoratoSf 12-d3.

2. Cratinus, fr. 1^; Aclkarniens, 710; Guêpes, 592; HoUades, iiï.

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chassieux, étranger lui aussi, ou réputé tel; il avait déjà sept ans qu'on n'avait pas pu encore établir sa nationalité; à lui le prix de l'infamie, quoiqu'il soit un démagogue très apprécié'. Voici Agyrrhios, à qui les poètes comiques n'ont pas pardonné d'avoir diminué leurs honoraires, Agyrrhios, ce stratège dont l'élection donne la nausée, ce débauché, poussé au premier rang de la politique par l'intrigue, et qui se donne des airs vénérables avec sa grande barbe, bien qu'il ait les mœurs d'une femme*. L'orateur populaire Démostrate a été le fléau d'Athènes; cet ennemi des dieux, ce misérable fou est un de ceux qui ont provoqué l'expédition de Sicile', ainsi que Syracosios, autre orateur surnommé la Pie, braillard insupportable ; pareil aux petits chiens que l'on voit courir sur la crête des murs, il parcourt la tribune en aboyant*. Diitréphès, un autre parvenu, fabriquait de petites bouteilles en osier; on en a fait un phylarque, un hipparque; de gueux qu'il était, il est devenu riche: c'est maintenant un coq au plumage luisant*. Le petit Gligène trompe le peuple comme un blanchisseur qui vend à ses clients de la soude et de la potasse falsifiées®. Midias, l'éleveur de cailles, est un personnage venu on ne sait d'où; il a réussi par sa perversité, son adresse et ses flatteries à se faire une fortune au détriment du trésor public ^ Epicrate, dont l'immense barbe s'étale sur sa poitrine — t Epicrate '

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