Plutarque, Vie de Nicias, 2; Thucydide, VIII
beaucoup navigué, de se transporter toujours du côté du navire qui penche le moins, au lieu de rester là, planté comme une statue. Se retourner pour être plus à sou aise, c'est agir en habile homme, en vrai Théramène *. » Plus loin, le poète reprend : c Théramène est un homme plein de talent et adroit en toutes choses. Est-il près de tomber dans le malheur, étant même sur le bord de Tabîme, il trouve le moyen de tomber en dehors*. » Le silence d'Aristophane au sujet des autres chefs de la conjuration des Quatre-Cents prouve qu'il reprochait à Théramène, non sa complicité avec les conjurés, mais sa désertion. Parmi ces conjurés se trouvait un autre déserteur, Pisandre, mais celui-là avait quitté le peuple pour l'aristocratie; Aristophane, qui l'avait jusque-là si malmené, ne dit plus rien de lui; sa trahison était une conversion; ce n'était pas un renégat, mais un prosélyte.
Nicias était riche, généreux, pieux, timide dans ses opinions comme dans ses actes, honnête, dévoué à son pays; il pouvait être regardé comme le type du conservateur. II avait d'ailleurs la confiance du peuple qui l'élut treize fois stratège, presque aussi souvent que Périclès. Mais Nicias avait le défaut d'accepter et de servir la démocratie; aussi ne fut-il pas lui-même épargné par les poètes comiques. Dans deux passages, il est vrai, ils le louent de sa libéralité', mais plus souvent ils se moquent de sa circonspection et de ses scrupules. Ces reproches se multiplièrent surtout dans deux circonstances, d'abord en 424, après le succès de Gléon à Pylos, puis en 414,