Oiseaux, 6?y
tT8 ARISTOPUANE.
costume, jusqu'à la mollesse voulue de sa prononciation, analogue à celle d'un incroyable du Directoire', devait irriter les hommes de vieille roche, restés fidèles aux croyances et aux traditions anciennes. Son attitude politique ne pouvait pas leur être plus agréable. Alcibiadc n'avait d'autre principe de conduite que le soin de son ambition. Plein de mépris pour les hommes, il était capable de perdre ou de sauver sa patrie avec une égale tranquillité, selon les intérêts de sa gloire. Il se jugeait né pour commander aux autres, et, bien que poussé par ses relations et ses goûts vers l'aristocratie, il n'hésita pas à entrer dans le parti démocratique, dans lequel il voyait un instrument plus commode pour ses desseins. Ce parti avait besoin d'un chef, pour conduire la guerre contre Sparte, dont la continuation jusqu'à l'établissement définitif de l'hégémonie athénienne était le principal article du programme radical. Alcibiade accepta ce programme en échange de la dictature qu'il espérait. Le rôle politique d'Alcibiade était donc aussi contraire aux opinions des conservateurs que ses mœurs leur paraissaient scandaleuses. Enfin, aucun citoyen ne fit dans Athènes plus de bruit que lui; aucun n'eut une existence plus turbulente et plus dramatique; aucun ne connut plus que lui les extrémités de la fortune et ne résuma mieux dans sa personne comme dans sa vie les contrastes de cette époque brillante et tragique ; aucun nom n'était donc plus désigné que le sien aux plaisanteries des poètes
i. Plutarque, Vie d' Alcibiade, i; Guêpes, i4. Les plaisanteries ne manquent pas dans les fragments des comiques, sur les mœurs d* Alcibiade. Sans compter les Baptes, d'Eupolis, représentés au moment de l'afTaire des Hermès, et où Alcibiade paraît avoir joué un grand rôle, il faudrait recueillir les fragments suivants : Phérécrate, i55; Eupolis, 158, 351; Archippos, i5; Anonymes, 27. iiâ; mais on n*y trouve rien sur sa politique.
LE GOUVERNEMENT. — LES HOMMES. i7U
comiques; il devait remplir, semble-t-il, les comédies d'Aristophane. A peine l'y rencontre-t-on quatre ou cinq fois.
On a vite fait d'énumérer les endroits où Aristophane parle d'Alcibiade.Alcibiade est nommé dans \esDétaliens\ à côté de l'impur Lysistrate et de Thrasymaque le sophiste. Dans les Acharniens, parmi les jeunes orateurs, élèves des sophistes, qui s'exercent à plaider devant les héliastes, et poursuivent de leur éloquence exercée et malfaisante tant de braves gens, Aristophane cite le fils de Clinias^. Alcibiade avait alors environ vingt-sept ans; il n'avait pas joué de rôle politique. 11 n'est pas même nommé dans les Chevaliers, qui parurent l'année suivante. Chose plus étonnante, son nom n'est pas encore prononcé dans les Nuées, quoique le sujet l'appelât presque nécessairement. Alcibiade ne passait-il pas dans 1g public pour le plus illustre de ces jeunes gens que l'enseignement de Socrate avait corrompus? On a donc lupposé qu'Ai cibiade était mis en scène dans les Nuées sous le nom de Phidippide, mais rien n'est plus malaisé à justifier que ces assimilations sans preuve. Si Aristophane avait voulu parler d'Alcibiade, pourquoi aurait-il eu recours à un pseudonyme ? Il est plus simple de croire que le poète n'a pas voulu parler du chef de la jeunesse dorée, soit parce qu'il était de ses amis, soit parce qu'il redoutait sa vengeance — on sait qu 'Alcibiade n'était pas endurant ^ — soit parce qu'à ce moment il était l'adversaire de Cléon. La conduite d'Alcibiade à l'égard
i. Détaliens, fr. 1.