Notice V, lignes 18 et suiv
3. Poet.f ch. V, « tC; ôè TcpocrcoTca ànéScaxev t^ TcpoXoyoy; 9i uàt^Oyi (>7:oxpiTù)v rjYvorjTai. »
années près, celle-ci suivait docilement le chemin tracé par Vautre. Je ne sais si les choses se sont passées avec celte régularité. Il est probable qu'il y avait déjà un nombre déterminé d*acteurs avant Cratinus ; autrement l'ignorance d'Aristote ne s'expliquerait guère. Au temps de Magnés, la comédie était assez complètement constituée pour être jouée régulièrement et pour laisser y de glorieux souvenirs; au temps de Cratinus elle était arrivée à son plein développement. Sa marche n'avait pas été celle de la tragédie ; elle en différait par la technique autant que par l'esprit; les poètes avaient trouvé pour cette création nouvelle des formes nouvelles aussi. Quant au nombre des acteurs, il dut être déterminé le jour où la comédie fut représentée officiellement, probablement au temps de Magnés.
Gratès et Graliiius étaient du même temps. Avec ce dernier, la comédie ancienne, contemporaine de Cimon, de Périclès, prend une grande part aux luttes politiques et devient ce que nous la voyons dans Aristophane, dont Cratinus fut le rival, et quelquefois le vainqueur. Je cite son nom après celui de Cratès, bien qu'il soit né probablement avant lui, et qu'il ait peut-être été son maître*. Mais comme ses plus célèbres victoires dramatiques vont de Tannée 44i à l'année 423, il semble naturel de le regarder comme le précurseur immédiat d Eupolis et d'Aristophane' dont il fut le contemporain. Craies, au contraire, était sans doute mort en 424; le souvenir de ses victoires remonte aux années voisines de AoO; enfm il se rattache moins étroitement que Cratinus aux traditions de la comédie ancienne.
Voilà tout ce qu'il est possible de savoir sur les com-
i. Voir sur les dates de la naissance et de la mort de Cratinus, Annales de la Faculté des lettres de Bordeaux, 2* série, n* 3.
mencemcnts de l'ancienne comédie attique; il serait d'ailleurs difficile de la comprendre sans cette étude préliminaire dont il importe surtout de retenir quelques idées essentielles. Née du besoin de railler et du sentiment du ridicule qui sont communs à tous les hommes, la comédie devait répondre à ce besoin et à ce sentiment d'une manière différente selon le milieu où elle se développait. Sous le gouvernement monarchique de Syracuse, elle devait se tourner vers l'observation des mœurs et la création de types généraux, tandis que la liberté de la république athénienne l'encourageait à la satire individuelle et politique. D'autre part, les circonstances dans lesquelles on la représentait déterminèrent son esprit et son caractère. Produit de l'ivresse de la fête de Bacchus, elle fut avant tout une œuvre de fantaisie licencieuse et burlesque. Il ne faut donc pas s'étonner de la trouver encore chez ses plus illustres représentants, désordonnée, obscène et violente ; il serait plus juste d'admirer la puissance d'imagination avec laquelle ils tirèrent souvent d'une matière si commune des merveilles d'esprit et de poésie, et la fraîcheur de sentiment qui leur permit de trouver de l'idéal dans la plus basse des réalités.
La comédie ancienne a duré environ un demi-siècle, soixante ans tout au plus, et pendant ce demi-siècle, \J quarante et un poètes, dont nous savons les noms, ont fait jouer deux cent soixante-dix-sept pièces dont nous avons les titres. Il faudrait ajouter à ce chiffre déjà considérable toutes les pièces dont les titres se sont perdus.
De cette extraordinaire éclpsion, il ne nous reste que onze comédies entières, qui sont toutes d'Aristophane, et de nonfîbreux fragments des autres poètes. C'est donc dans Aristophane qu'il convient d'étudier cette forme originale de l'art dramatique depuis si longtemps disparue, et qui ne s'est jamais reproduite chez aucun peuple dans les mêmes conditions. L'étude des fragments des autres poètes comiques ne peut servir qu'à éclairer et compléter celle d'Aristophane.
La perte de tant d'œuvres dramatiques ne saurait être trop regrettée. N'exagérons rien pourtant. Les poètes comiques se répétaient, et nous pouvons croire sans trop d'illusion que ce qui nous en reste permet de deviner ce que nous en avons perdu. En outre, l'histoire tout entière de la comédie ancienne est enfermée dans la durée ^e la vie d'Aristophane. De tous les poètes comiques il fut le plus grand et le mieux placé au cœur môme de cette histoire. Il naissait vers 446*, lorsque commençait la gloire de Cratinus. La date de sa mort est inconnue, mais on sait qu'il faisait représenter pour la dernière fois en 388 le PlutiLSy et que deux autres comédies qu'il avait composées furent mises plus tard sur la scène par son fils Araros '. Le Plutus n'appartient plus du tout à la comédie ancienne dont les caractères tendaient à disparaître dès 392, date de V Assemblée des femmes.
Voilà donc presque les deux dates extrêmes de l'histoire authentique de la comédie ancienne, 446 et 392. La période active de la vie des poètes de la comédie ancienne ne
\, Date déterminée approximativement d'après celle de la représentation des DéialienSy 427, et d'après ce qu'Aristophane lui-môme, dans les Nuées, v. 530, dit de l'âge qu'il avait lors de cette représentation; il semble qu'il n'avait pas encore atteint sa majorité; cf. Grenouilles, 502, scol. : c a^eSov (jieipaxiŒxoc &v », dit le scoliaste.