‹ Aristophane et l'ancienne comédie attiqueChapitre 110 sur 242 · Théognis · texte numérisé non relu

Théognis

3. Théognis, 227 et suiv. Welcker attribue avec raison ce fragment à Solon.

i02 âRISTOPHâNK.

suffire à sa consommation, ne recevant pas assez de blé de l'étranger, on était menacé de disette. En Tannée 445, Athènes n'y échappa que grâce à un envoi de 21,200 hectolitres de blé, présent du roi d'Egypte. Encore fallut-il reviser les listes de l'état civil et en biffer tous ceux qui y étaient inscrits indûment, pour n'avoir pas à nourrir trop de citoyens*. Les citoyens authentiques se partagèrent le blé des Égyptiens; on se demande comment firent les autres.

D'ailleurs, de pareils faits étaient rares. En temps o^'^ dinaire chaque citoyen trouvait dans son travail de quoi subvenir à ses besoins. Un mot de Xénophon laisse entendre que personne ne manquait de travail. « La sobriété de Socrate était telle, dit-il, qu'il serait impossible de travailler assez peu pour ne pas gagner ce dont il se contentait '. 1 Presque tous les citoyens étaient plus ou moins propriétaires et patrons, travaillant à leur compte. Dans les fabriques importantes, dans les entreprises publiques, dans l'exploitation des mines particulièrement, le travail était fait par des esclaves. La vie coûtait peu. Un homme pouvait se nourrir pour une obole et demie (0 fr. 25) par jour ; à ce prix il avait du pain, des olives, du poisson ou de la viande et du pain. Trois oboles (0 fr. 50) suffisaient à achjBter du pain, des provisions et du bois pour une famille de trois personnes. La nourriture et le feu ne coûtaient donc pas pour une famille de trois personnes plus de 182 drachmes (245 fr. 70) par an. Il y avait encore à payer le loyer et les vêtements ; on avait une maison pour 100 à 200 drachmes, c'est-à-dire pour un loyer annuel d'une vingtaine de francs. Les vêtements et la chaussure ne coûtaient pas plus de 50 à 60 dra^

i. Guêpes, scol. au vers 718; Plutarque, Vie de Périclés, 37. 2. Xénophon, Mémorables, I, 3. -

chmes (50 à 60 francs) ; la famille pouvait donc vivre avec 325 francs par an*. Le juge Philocléon pouvait nourrir avec ses trois oboles sa famille, composée de trois personnes '.

Il était assez facile à un homme valide de gagner cette somme. L'État donnait au dernier des manœuvres un salaire de trois oboles par jour'; le prixxie la journée de travail pour un ouvrier ordinaire variait entre cinq oboles et deux drachmes * ; or, cinq oboles par jour font trois cent quatre drachmes (350 francs) par an. Restait, il est vrai, le chômage, la maladie, la vieillesse, la paresse, la guerre. L'État entretenait les orphelins dont les pères avaient succombé dans la guerre, et il venait en aide aux infirmes, estropiés, aveugles, vieillards, incapables de gagner leur vie. Au temps d'Aristophane, on leur donnait une obole par jour, juste assez pour ne pas mourir de faim. La mendicité était assez rare, du moins parmi les citoyens. 11 ne faut pas oublier cependant, pour rester dans la vérité, que les citoyens ne formaient qu'une petite partie de la population, perdue au milieu des étrangers, des métèques et des esclaves. C'est là que devait se trouver la misère et se recruter le crime. Misère moins grande, après tout, que dans les villes

•1. Sur tous ces prix, voyez Boeckh, Staaish. , éd. de 1886, T, p. 97 et suiv., avec les additions et corrections de Frânkel. — On trouvera d'ailleurs sur cette question d'utiles renseignements dans Aristophane. Il nous apprend qu'un morceau de viande suffisant pour un repas coûtait une demi-obole (Grenouilles, 534); qu'on avait plusieurs grives de Béotie pour une drachme (Acharniens, 960) ; qu'on achetait un geai pour une obole , une corneille pour trois oboles {Oiseaux, 13); un manteau pour seize ou vingt drachmes (Assemblée des femmes, 412, Plutus, 982); une paire de chaussures pour huit drachmes (Plutus, 98:2).

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