Plutus, 280 et suiv
elle aussi*. » Mais si Aristophane excelle à peindre en quelques traits justes et forts ce coin de rue d'Athènes, ce ghetto plein de haillons, de vermine et de puanteur, où la misère croupit au soleil, il ne s'y arrête pas longtemps et se hâte da dire que c'est une exception. C'est la vie des mendiants, ce n'est pas la vie des pauvres '. La lèpre hideuse ne se montre encore que çà et là, par quelques plaques purulentes; le reste du corps est sain et vigoureux. Il ne voit du reste dans cette misère que la souffrance physique; il n'a pas l'air d'en sentir la laideur morale; ces misérables souffrent, mais ne se révoltent pas. Leur déesse, Penia^ n'est pas plus redoutable qu'eux, malgré ses apparences. C'est un monstre livide, pareil à une Erinnye ^. A sa vue, les deux braves bourgeois, Chrémyle et Blepsidème, sont d'abord effrayés, mais l'assurance leur revient bientôt; la grosse voix de Penia ne les intimide point, pas plus que ses arguments ne les persuadent; ils finissent par menacer à leur tour, et Pema s'enfuit, laissant le champ libre à Plutus. Ce n'est qu'un croquemitaine à faire peur aux enfants; l'impression qu'elle produit sur le spectateur donne la mesure de celle qu'avait éprouvée le poète. Évidemment, il n'avait pas été très touché de cette idée de la misère, des malheurs et des crimes qu'elle traîne après soi.
Voilà dans quel esprit Aristophane, et avec lui sans doute les autres poètes de la comédie ancienne, ont dû