‹ Aristophane et l'ancienne comédie attiqueChapitre 114 sur 242 · Plutus, 181 et suiv · texte numérisé non relu

Plutus, 181 et suiv

LA QUESTION SOCIALE. iOD

sent et produisent sans culture. Aussi mange-t-on et boiton abondamment dans la plupart des comédies anciennes. ^ Vivre en travaillant est la formule d'un sncialisme réfléchi et presque désabusé; vivre sans rien faire, voilà la formule du socialisme primitif. On la retrouve dans les mythes platoniciens, notamment dans le Timée '. Pour l'homme qui du matin au soir a peiné et sué, courbé vers le sol, le bonheur apparaît nécessairement sous la forme du repos et d'une nourriture réparatrice. C'est pourquoi chaque poète comique a repris ce lieu commun et l'a développé à peu près avec les mêmes images, les mômes détails, et aussi sans doute avec la même pointe d'ironie. La légende populaire passe de main en main, presque sans se transformer. Athénée nous a conservé des fragments de huit poètes, y compris Aristophane, qui ont décrit l'un après l'autre une merveilleuse Atlantide, un pays de Cocagne où l'on n'a qu'à tendre le bras pour atteindre les mets les plus succulents. Plus de labours, plus de jougs de bœufs, plus de fabricants de faulx, plus de semailles. Ce sont des pluies de pains, de raisins et de gâteaux; ce sont des andouilles et des tranches de lard suspendues aux arbres, à la portée de la main et même des dents; les coupes se versent, les poissons se grillent, les tables se servent automatiquement; des fleuves de sauce roulent le long des routes; le vin tombe en averses du haut du ciel; les arbres, en guise de feuilles, laissent choir des grives rôties. La terre est comme une table immense chargée de boissons et de victuailles, et prête pour tous les appétits. De comédie en comédie, l'amas des friandises, des pâtes et des viandes grossit ; c'est à qui ajoutera un plat au festin; on dirait une

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