‹ Aristophane et l'ancienne comédie attiqueChapitre 118 sur 242 · Assemblée des femmes, 633-o · texte numérisé non relu

Assemblée des femmes, 633-o

20i ARISTOPHANE.

Nous n'avons là rien de semblable aux débats en forme qui se rencontrent assez souvent dans les comédies d'Aristophane. La réfutation que Blepyros, intimidé et abasourdi par l'imperturbable sang-froid de sa femme, n'ose pas essayer, le poète la met pour ainsi dire en action, sous nos yeux, dans les scènes suivantes. 11 s'agit de passer à l'application du régime nouveau. Tous les citoyens ont été invités à porter leurs biens, ustensiles, meubles, argent, au trésor. Deux d'entre eux sont en présence, l'un se préparant à obéir au mot d'ordre, tandis que l'autre, bien résolu à ne pas l'imiter, se moque de sa naïveté, c Moi, apporter mes biens! Je serais bien abandonné des dieux et bien pauvre d'esprit *. » Et le voilà qui raille son imbécile de voisin, qui a la simplicité d'observer les lois, sans même attendre que les autres lui en donnent l'exemple. Quant à lui, il compte bien que la plupart des citoyens ne bougeront pas : son propre égoïsme lui garantit celui des autres. Il ne croit pas à l'application de la loi, et il ne veut pas être dupe. Cependant, quand le héraut a proclamé l'ouverture du banquet et appelé tous les citoyens d'Athènes à s'y rendre, notre homme ne se demande plus si l'Assemblée a eu lort ou raison ; il prend sa course pour arriver des premiers. Il trouve alors que les lois ont du bon, et que les honnêtes gens doivent faire tout leur possible pour venir en aide à l'État. Il s'offre même à porter une partie des meubles de son voisin pour lui épargner la moitié de la peine. Il est devenu collectivislo ardent, à la condition de recevoir sa part des biens ^\^'. tous sans rien donner du sien, t Par Zeus, se dit-il « n s'en allant, il faut que j'invente quelques moyens uo

•1. Assemblée des femmes, 746.

LA QUESTION SOCIALB. 20^

conserver ce qui m'appartient, tout en ayant ma part du festin de tous. Voilà qui n'est pas mal. Allons banqueter avec les autres ; vite, courons *. » On peut être sûr qu'avec de telles dispositions il fera honneur au menu.

Il est d'ailleurs bien tentant, ce repas officiel. Le& tables sont prêtes, chargées d'un entassement de bonnes choses; les lits sont recouverts de tapis épais; on mélange l'eau et le vin dans les cratères; les porteuses de parfum sont debout, rangées, et attendent; les tranches^ de poisson salé grillent à la flamme ; les lièvres sont à la broche, les galettes cuisent, on tresse les couronnes, on fait rôtir les gâteaux '. » Malheureusement, si beaucoup de gens ressemblent à notre citoyen, l'État court le risque de faire bientôt banqueroute, à force de nourrir des parasites. Le communisme de Praxagora repose sur la bonne foi et la vertu des adhérents; or, la bonne foi fait défaut au plus grand nombre; les naïfs s'y mêlent aux habiles. L'inégalité fondamentale qui se rencontre ainsi à l'origine se retrouvera encore dans les conséquences. Le partage des biens une fois fait, et nous venons de voir que ce ne serait pas facile, les hommes ne pourraient rester également riches que s'ils étaient également forts, également intelligents, également honnêtes. Introduisez dans le système ce vice de l'inégalité; tout en sera corrompu. Dans cette cité que Praxairora voudrait pareille à une habitation commune, à une ruche d'abeilles où Ton irait librement d'une alvéole à l'autre, les fripons profiteront de la facilité des communications pour voler le miel du voisin, sans se donner la peine d'en faire eux-mêmes.

Voilà pour la communauté des biens. Quant à la com-

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