‹ Aristophane et l'ancienne comédie attiqueChapitre 128 sur 242 · Grenouilles, premières scùucs · texte numérisé non relu

Grenouilles, premières scùucs

seux, efféminé, rebelle à toute fatigue, mauvais soldat * . Mais nous ne connaîtrions pas toutes les ressources que la peinture de Dionysos offrait à la comédie, si nous n'avions, par bonheur, conservé les Grenouilles d'Aristophane. .Quelques mots suffiront pour rappeler à tous les lecteurs d'Aristophane cette amusante figure de comédie bouffonne, ce dialogue qui sert d'exposition à la pièce, dans lequel le dieu rivalise de grosses facéties avec son esclave, l'arrivée à la porte d'Héraclès, le rire épanoui du héros en voyant sa propre défroque sur les épaules de ce fantoche, par-dessus une robe de femme, la traversée du Styx et les incongruités auxquelles se livre Dionysos, ses fanfaronnades, son désir de se mesurer, lui aussi, avec un monstre, puis ses frayeurs et ses faiblesses au moindre bruit, à la moindre rencontre, réchange de costumes entre le maître et l'esclave; enfin, une fois entré dans les enfers, quand il préside le débat «ntre Eschyle et Euripide, la pauvreté de ses réOexions, l'incertitude de ses jugements. Tout cela est vivant, amusant, d'une gaieté souvent spirituelle, parfois un peu vulgaire, sans prétention à la satire religieuse, excepté peut-être en deux ou trois passages. En riant aux dépens de Dionysos, la comédie use de ses prérogatives; elle ne vise point la religion. Ses fantaisies licencieuses sont en même temps inoffensives; le rire qu'elles provoquent enlève le loisir de la réflexion et de la critique.

Héraclès est plus souvent et plus gaiement malmené que Dionysos; il est bon et brutal, vaniteux et docile, irascible et tendre; c'est le type du soldat, et si l'on veut, le type du matamore. H est le dieu de la force

i. Eupolis, TaxktrqucSf fr. 2o0-2o3.

physique, qui tantôt s'emploie aux hardiesses sublimes, tantôt se dépense en stupides excès. Les muscles se sont 'léveloppés chez lui aux dépens de l'esprit ; le cœur est généreux mais capable d'égarement. Livré aux impulsions de sa nature violente, il est tout héroïsme ou toute bassesse. La raison ne gouverne ni ses sentiments qui sont irrésistibles, ni ses appétits qui sont énormes. Ses mains colossales étouffent l'hydre de Lerne ou broient un malheureux innocent, comme Lichas. Il souffre patiemment, pour se dévouer, la faim, la soif, le soleil torride sur des rocs nus; ou il se gorge de nourriture et s'endort dans la tiédeur du lit d'Omphale. Il tombe de la hauteur du plus beau sacrifice dans la dégradation de l'abrutissement — dompteur de monstres ou lutteur de foire.

C'est sous ce dernier aspect que le présentent les poètes comiques, géant à la tête petite, au ventre débordant, aux muscles démesurés, au rire épais. II est sensuel et vorace; on obtient tout de lui en lui offrant un morceau de viande ou une belle fille. Dans les Oiseaux d'Aristophane, les dieux ont envoyé une ambassade à Pisthétère pour traiter de la paix avec les habitants de Néphélococcygie. Héraclès, qui fait partie de l'ambassade, veut d'abord, sans autre forme de procès, étrangler Pisthétère, mais celui-ci l'invite à dîner, c Cela me suffît, répond le dieu, je vote pour la paix *. » Dans les Grenouilles^ Dionysos, déguisé en Héraclès, va demander à son confrère le chemin de l'enfer, d'où il désire ramener Euripide. Pour bien faire comprendre la vivacité de son désir, il dit à Héraclès : t As-tu jamais éprouvé une envie subite de manger de la purée? — De

i. Oiseaux, ICOIÎ.

zz'k ahistophanb.

la purée! sacrebleu, mille fois dans ma vie! — Comprends-tu bien ce que je veux dire, ou faut-il que je m'exprime autrement? — De la purée! cela suffit; je comprends parfaitement*. > Dans la même pièce, une des servantes de Proserpine, trompée aux vêlements de Xanthias et le prenant pour Héraclès, sait bien par quelles paroles elle pourra le séduire, c Allons, chéri, viens donc, entre; dès que la déesse a su ton arrivée, elle a fait cuire du pain, elle a mis sur le feu deux ou trois marmites de pois cassés, elle a fait rôtir un bœuf tout entier, et griller des biscuits, des galettes. Allons, entre. Elle a fait bouillir des volailles, faire des gâteaux; elle a préparé du vin exquis Entre donc avec moi... II y a là, pour toi, une joueuse de flûte ravissante et deux ou trois danseuses... devrais boutons de rose, fraîchement épilées'.» Le palais de Pluton, ainsi décrit, n*est pas loin de ressembler à une maison de passe, ce qui n'est pas pour efl'rayer Héraclès. L'y voici d'ailleurs, introduit par le poète comique Platon. Dans une de ses comédies, intitulée Zeus maltraité, l'auteur nous montre le divin Héraclès, sous le nom de son père Zeus, attablé dans un lupanar. Le maître du lieu lui propose de jouer au cottabe en attendant qu'on le serve. Héraclès accepte; les caresses de la femme ou de la fille du coijuin seront Tenjcu de la partie. Mais cela ne suffit pas; le ptopriétaire ajoute une coupe d'or et les bijoux de la dame.

i. Oiseaux, 62 et suiv. — La voracité d'Hercule est un sujet ordinniro de plaisanteries pour les poètes coiniqups {Guêpes^ 60); par cxtîuiple, la légende du voyage d'Hercule en Egypte, chez le roi Busiris, et de l'appétit dévorant du dieu, a servi à plusieurs poètes, qui en ont fait une comédie, Epichanne, Crnlinus, Antiphane, Kphippos, Mnesimachos; il y avait un drame su lyrique d*Kuri[ji(le siu* ce lliéme.

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