Nuées, 1080 et suiv
^i2 ARISTOPHANE.
son action sur les consciences, il faut que cette autorité 5oit indiscutable. Aristophane n*a peut-être cherché qu'à imiter les plaidoyers des sophistes, mais en les imitant, il s'est associé à leur œuvre. L'immoralité de la mythologie est ramassée tout entière dans cette plaisanterie; aussi les Pères de l'Église ne manquèrent pas de s'en servir, non seulement contre Zeus, mais contre l'esprit païen. De pareils traits portent loin, et cependant le poète conservateur ne prend pas la peine de les écarter. Le Juste ne trouve à peu près rien à répondre. Toujours dans les Ntcées, au cours de sa querelle avec son fils, Strepsiade s'écrie : « Oh! respecte Zeus, dieu de la paternité! — Voyez-le, répond Phidippide, avec son Zeus paternel I Es-tu assez vieux jeu! Est-ce qu'il y a un Zeus * ? » Voilà le dernier terme de ces impiétés croissantes. Aristophane a, il est vrai, une réponse toute prête dans cette exclamation de Strepsiade battu par son flls et trompé par Socrate : t Insensé, fou que j'étais! je proscrivais les dieux à cause de Socrate *. » Et il va mettre le feu à la maison du philosophe. Les dieux sont donc vengés, la religion et la morale triomphent, mais leur victoire serait plus sûre si elles avaient su mieux se défendre contre les objections de leurs adversaires.
On éprouve une impression du môme genre à la lecture de la première scène du Plutus. Le brave Ghrémyle annonce à Plutus qu'il va essayer de lui rendre la vue; Plutus s'y refuse, par crainte de Zeus. Ainsi, Zeus a intérêt à ce que la fortune soit aveugle et se prodigue à ceux qui ne la méritent pas. Les dieux, comblés de présents par les coquins, profitent de l'injustice; il est naturel qu'ils la favorisent. Quelle est d'ailleurs la puissance
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