‹ Aristophane et l'ancienne comédie attiqueChapitre 140 sur 242 · ChevaUers, 658 et suiv · texte numérisé non relu

ChevaUers, 658 et suiv

'% i1aî«iQ les Félei, fr. 23.

assimilations est une plaisanterie; mais peu à peu les noms se multiplient et, avec un débit précipité, le prêtre s'engage dans une interminable énumération de noms d'oiseaux bizarres, calquée sur le modèle des énumérations analogues qui étaient chez les anciens presque toute la prière. Il y en a tant que Pisthétère impatienté interrompt brusquement la litanie qui, sans cela, continuerait encore * . Pour se mettre bien avec les dieux, on en nommait le plus possible dans les prières. La piété la plus solide était celle qui avait le plus de mémoire.

Nous n'avons guère vu jusqu'ici en quoi les poètes comiques étaient conservateurs, quand ils parlaient des dieux. Nous serions plutôt disposés à les considérer comme des révolutionnaires; ils ont appris à Voltaire l'art de remplacer la discussion par le persiflage. Tout au plus pourrait-on dire que leur critique était inofl'ensive. Encore est-il difficile de soutenir que leurs satires ne laissaient aucune trace parce qu'on en avait l'habitude, et qu'elles faisaient rire. Le rire est d'autant plus dangereux qu'on s'y livre sans défiance et qu'en nous mettant de plain-pied avec ceux qui étaient au-dessus de nous il nous fait passer insensiblement du respect à la familiarité, et de la familiarité au mépris. Les anciens étaient très familiers avec leurs dieux, aussi ne mirent-ils pas beaucoup d'ardeur à les défendre. Il est vrai pourtant que la comédie a été, par certains côtés

i. Oiseatix, 86o et suiv.

ÀRISTOrUANS. \ 5

To'i AniSTOi'HANE.

con^îcrvalrice ; elle Ta été par sa lutte contre le? divinités étranirères et par son respect pour lis mys'.ùrcs.

Athènes se montrait à la fois hospilaliirv3 et défianteà l'égard des dieux étrangers * , elle leur ouvrait ses portes, mais elle leur fermait l'Acropole ; ils étaient admis dans |a ville au même titre que les gens du dehors qui pouvaient y faire de grandes fortunes, mais qui n'avaient pas le droit de cité. Ils séduisaient la foule et inquiétaient les hommes politiques. Les poètes comiques les ont combattus avec âpreté, comme contraires au génie national. Toutes ces divinités, les unes thraces, comme Bondis et Kotytto, les autres phrygiennes comme Cybèle, Adonis, Sabazios, les autres égyptiennes comme Isis, les unes sanglantes et tumultueuses, les autres voluptueuses et tristes, avaient cela de commun, que leur culte était orgiastique, qu'il se célébrait au son de la flûte et des tambours, qu'il aimait l'éclat des torches nocturnes, et qu'il était l'occasion de démonstrations passionnées ou de débauches saintes. Cette religion nouvelle, qui se développait à côté de la religion nationale, offrait un aliment à ce besoin d'émotions extraordinaires et de jouissances sensuelles qui est une des formes inférieures de la piété* elle faisait des prosélytes surtout parmi les femmes. Lysislrata, au début de la pièce qui porte son nom, se plaint qu'aucune des femmes convoquées par elle n'ait été exacte au rendez-vous. « Ah ! si on les avait appelées au temple de Bacchus, ou de Pan, ou d'Aphrodite Coliade, ou d'Aphrodite Genetyllis, les tambourins encombreraient les rues '. » Le poète désigne ici les cultes helléniques qui ressemblaient le plus à ces cultes étrangers et secrets, que les Athéniens du vieux temps regardaient avec hor-

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