CHAPITRE VII
L'ÉDUCATION
La phi'osophie et la rliéthorique.
L'ancienne éducation à Athènes, ayant la guerre du Péloponnèse. — Défiance des conservateurs et des démocrates à l'égard de réducation nouvelle. — La comédie en face de Téducation nouvelle. Pourquoi Aristophane a choisi Socrate comme le représentant des sophistes. — Portraits de Socrate et de ses disciples d'après Aristophane. — Enseignement des sophistes : les sciences physiques. — La rhétorique; la morale; influence do la sophistique sur la jeunesse. — Aristophane n'a pas compris >ocrate; comment son erreur peut s'expliquer.
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Arîslophane se vantait d'avoir rendu un grand service aux Athéniens en leurdisant la vérité sur la démocratie; nous avons vu comment il s'était acquitté de cette tâche, et quel tableau de la République il avait osé mettre sous les yeux de ses concitoyens. D'après lui, le mensonge, l'envie, la vénalité, l'égoïsme, n'étant plus contenus par aucune croyance et par aucune loi, avaient peu à peu Mchevé leur œuvre, et mis Athènes aux pieds de Sparte; les démocrates avaient en quelques années dissipé Théritnge de puissance et d'honneur qu'ils tenaient de leurs pères. Mais si les vices dont Athènes souffrait avaient
pour cause immédiate les progrès récents de la démocratie, celle-ci n'avait pu si aisément envahir la cité que pour y avoir trouvé un terrain favorable. Quelle était la cause initiale de cette floraison malsaine? C'est qu'au moment où la démocratie s'établissait, les Athéniens avaient renoncé à l'éducation traditionnelle pour en adopter une autre, importée du dehors. L'anarchie démocratique avait accru le mal; une fois quelques esprits préparés par des leçons funestes à recevoir le poison, la contagion avait gagné de nombreuses victimes, et les progrès de la démoralisation, fruit de l'enseignement des sophistes, avaient suivi ceux de la démocratie, dont ils étaient à la fois la cause et la conséquence. Ainsi la cité périssait. On voit comment la question de l'éducation se rattache à la question politique; et pourquoi la plupart des poètes comiques l'ont traitée tour à tour. Faire la guerre aux idées nouvelles sur l'éducation était un des articles du programme conservateur. Aristophane le remplit consciencieusement. Cet homme, que nous avons vu si pénétré de l'esprit de son temps, lui fit une guerre acharnée; cet irrespectueux se fit l'avocat du respect ; ce critique hardi s'éleva contre les dangers de l'esprit critique. Il çntra dans cette voie dès sa jeunesse, et y persévéra toute sa vie; on le retrouve à cet égard dans les GrenouilleSj en 405, tel qu'il s'était montré en 427 dans les DétalienSy et dans aucune de ses pièces il n'eut plus de force, plus d'éclat et de conviction que dans les JSiœes et les Grenouilles, qui avaient pour objet de signaler à la risée et à la haine des Athéniens les protagonistes de l'éducation contemporaine, Socrate et Euripide. Il se vante comme d'un service incomparable d'avoir attaqué les philosophes, à qui il attribue les maux de son pays; il lui paraît plus méritoire encore d'insulter Socrate que
de braver Gléon. t Le poète combat encore pour vous ; — dit-il à propos delà représentation des Nuées — après Cléon, il a Tan dernier attaqué ces vampires glacés et (iévreux qui, pendant la nuit, coucbés dans vos lits, étranglaient vos pères, étouffaient vos aïeux, et contre les plus tranquilles citoyens accumulaient procès, assignations, témoignages, au point que beaucoup d'entre vous, pleins de frayeur, couraient chercher le polémarque *. f Ces vampires, nous le verrons tout àTheure, c'est un Gorgias, un Protagoras, un Socrate; le monstresophistique est plus hideux encore que le monstre démagogie, et, pour l'avoir terrassé, Aristophane ne craint pas de se comparer à ces devins légendaires auxquels les cités avaient recours afin d'éloigner la peste. Il félicite le peuple d'avoir trouvé en lui le médecin de ses maux, le purificateur du pays '.
Quel que soit l'excès de l'hyperbole, Aristophane ne l'aurait pas risquée si elle n'avait eu aucune vraisemblance. A l'époque où il écrivait, à la veille de la paix de Nicias, l'avenir semblait déjà moins brillant que le passé, ou au moins, ne pouvait déjà plus être envisagé sans inquiétude. Les principes qui avaient fait la solidité de l'État s'écroulaient de toutes parts, au contact de l'esprit nouveau. Il y eut un moment très court, dana l'histoire d'Athènes, où il sembla que le type de la cité antique, en ce qu'il a de supérieur, était réalisé. C'était peu de temps après les guerres Médiques, après les dernières victoires de Cimon. Les diverses forces qui constituaient la République se faisaient alors équilibre, et dans chaque citoyen il y avait équilibre entre le désir et le pouvoir, entre la pensée et l'action. Point d'aristo-