‹ Aristophane et l'ancienne comédie attiqueChapitre 15 sur 242 · Suidas, i. Notice III · texte numérisé non relu

Suidas, i. Notice III

5. Grenouilles, v. 43, scol. (Je désignerai ainsi dans les notes, sans nom d'auteur, les comédies d'Aristophane.)

tophane lui-môme, qu'il naquit d'une mère Athénienne ; l'origine de son père serait plus douteuse * .

Aucun de ces écrivains, excepté peut-être Gratinus, n'a rempli, que nous sachions, la moindre fonction publique. Ils n'y eussent pas manqué sans doute si leur naissance ou leur fortune le leur avait permis; tous les hommes d'origine et de rang élevés se portaient vers la politique; tous aspiraient à l'honneur de jouer un rôle et de prendre part au gouvernement. On dédaignait le travail d'écrire comme un travail mercenaire, qu'il fallait laisser aux étrangers et aux plébéiens. Les sophistes étaient tous des étrangers; les orateurs politiques n'étaient pas encore, comme ils le furent plus tard, des logographes. Périclès aurait rougi, dit Platon, d'écrire et de publier ses discours. A plus forte raison un homme de haute condition n'aurait-il pas volontiers passé pour un auteur de drames, même au temps où. le poète ne jouait plus lui-même ses pièces. Eschyle l'avait fait, il est vrai, mais le caractère grave et religieux de la tragédie donnait au poète tragique quelque chose de sacerdotal et d'éminent; on comprend qu'il n'en fût pas de même pour le poète comique. La tragédie d'Xw/î^on^ valut, diton, à Sophocle l'honneur d'être élu stratège à côté de Périclès; il est difficile de se figurer qu'une comédie d'Aristophane eût jamais pu lui attirer un tel hommage. Rien ne démontre le bien fondé de l'affirmation de Plutarque disant que lemétier de poète comique était jugé vil et indigne au point qu'il était interdit aux membres de

1. Cf. notices XI, XII, XV; Suidas, au mot Aristophane; la scolie du vers 272 des Nuées ; les vers 652-54 des Acharniens et la scolié au vers 354. J*ai donné sur la naissance d'Aristophane ThypoUicse la plus plausible ; je considère d'ailleurs la question comme insoluble.

TAréopnî^c *, Elle prouve cependant que ce métier était fort peu considéré. Recherchés et choyés par les grands à cause de leur esprit et des services qu'ils pouvaient leur rendre , les poètes comiques n'en étaient pas moins regardés comme des amuseurs publics et des salariés.

Et ils Tétaient en effet. N'ayant pas de fortune personnelle, ils ne pouvaient vivre que de leur art, et paraissent y avoir consacré tout leur temps. Aristophane a composé environ quarante comédies. Il y avait deux concours par an, et chaque poète ne pouvait faire accepter sous son nom qu'une pièce par concours. Nous n'avons même pas d'exemple de deux pièces données sous le môme nom aux Lénéennes et aux Dionysies. Quand un poète voulait profiter des deux concours, il se servait d'un prêtenom. Quarante comédies représentent donc à peu près trente ou quarante années de la vie d'un poète, obligé qu'il était de conduire les répétitions des acteurs et celles du chœur, de veiller avec le chorège à tous les préparatifs de la représentation, de sorte qu'il mettait moins de temps à écrire sa pièce qu'à la faire jouer. Il s'est écoulé juste quarante ans entre la première et la dernière comédie d'Aristophane, entre les Détaliens qui datent de 427 et VjEolosikôn joué en 387. Aristophane avait alors près de soixante ans. Il passa donc sa vie à écrire. Nous ignorons s'il avait quelque bien, et toutes les suppositions que l'on peut faire à cet égard sont sans fondement. Dans tous les cas, la plupart de ses confrères paraissent avoir été pauvres *. Aristophane lui-même s'en prenait violemment aux magistrats qui réduisaient

4. Plut... bellone an pace praest. Ath., p. 348c. 9. Voir particulièrement ce que Suidas raconte du poète comique Platon, aux mots "Apxaôa; tJLijj.ov{JLevoi.

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Zo ARISTOPHANE.

les honoraires des poètes comiques*. Avait-il eu à souffrir personnellement de cette diminution de revenus, ou prenait-il seulement la défense de la confrérie? Il est impossible de se prononcer sur ce point. Toutes les vraisemblances s'accordent néanmoins pour laisser croire que les poètes n'avaient pas la bourse bien garnie. Nés dans le peuple, pauvres et inconnus, ils avaient besoin de l'appui des riches; l'aristocratie les aurait eus au nombre de ses parasites, quand môme elle ne les aurait pas comptés parmi ses partisans. Or, c'était l'aristocratie qui gouvernait le théâtre.

Les autorités préposées au théâtre appartenaient toutes aux classes aisées. Pour faire jouer une pièce, il fallait s'adresser à un archonte, Tarchonte éponyme sïl s'agissait des Dionysies, l'archonte-roi pour les Lénéennes. Celui-ci pouvait accorder ou refuser au poète le chœur tragique ou comique dont il avait besoin; c'est dans cette forme que la demande était faite et acceptée ou repoussée'. L'archonte prenait connaissance de la pièce ou la faisait examiner par une commission compétente; puis il prononçait souverainement; sa décision paraît avoir été sans appel et son droit absolu. En acceptant une comédie^ il la mettait ofûciellemeut sous le patronage de l'État et la couvrait de son autorité. Il fallait donc qu'il eût le droit d'exiger des changements, ou même d'évincer les postulants qui lui déplaisaient. Les

4. Grenouilles, 367, scoL; Platon, fr. i30 (éd. Kock; c'est d'après l'édition Kock que je citerai les fragments des comiques). 3. Platon, Bépubliquet II, 383»; Lom, VII, 817«>; Gratinus, fr. io.

prtaoxtes ne lui manquaient pas. Comme on ne pouvait jouer que trois comédies* dans chaque grande fôte solennelle, et qu'il y avait certainement un grand nombre de compétiteurs, Tarchonte était obligé de faire un choix. On imagine quelles luîtes d'influence se livraient autour du magistrat, chaque poète ayant sans doute ses patrons. L'archonte pouvait donc faire passer telle pièce iivant telle autre selon ses préférences. « Voyez-vous cet archonte, dit Cratinus, qui a refusé un chœur à Sophocle, ^ et qui l'a accordé au fils de Cléomachos, à cet homme à qui je ne voudrais pas confier une pièce, même pour les Adonies^. » Nous ne savonspasjusqu'à quel point les arcîiontes ont usé de leur droit de veto; rarement, sans doute, à en juger par ce qu'ils ont toléré. Passe encore pour les obscénités; elles étaient l'assaisonnement tra ditionnel de la pièce; Dionysos seul en était responsable. Mais comment le magistrat suprême, investi, au nom de la démocratie, d'un droit de censure absolu, a-t-il pu si souvent souffrir des invectives passionnées contre les personnes, et particulièrement contre les chefs de la démocratie?

Cette tolérance s'explique surtout par le caractère de la comédie, mais beaucoup aussi par celui de Tarchontat. Tout citoyen d'Athènes pouvait aspirer à l'archontat, et être choisi par le sort.

Laloi permettait à tout le monde de briguer cethonneur,maisenfaittrèspeu le sollicitaient. Le tirage au sort n'avait lieu qu'entre un petit nombre de candidats, tous ou presque tous riches et animés de sentiments conservateurs. L'invalide de Lysias, pour démontrer par l'absurde la fausseté des dénonciations de son adversaire,

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