Oiseaux, 1553 et suiv
rieur du philosophe et de ses élèves, et le genre d'influence qu'il exerçait sur eux. Socrate était un conducteur d'âmes. Gomme Hermès psychopompe, il les introduisait dans le royaume des morts, c'est-à-dire qu'il leur faisait entrevoir les divines espérances de l'immortalité, au prix desquelles les biens du monde ne sont rien. Il voyait donc venir à lui des Athéniens de peu de fortune, épris d'idéal, avides de mortification, heureux de sacrifier leur corps et de vivre pour penser. Le peuple regardait avec étonnenient autour de cet homme extraordinaire ces étranges disciples qui affectaient le dédain des soucis matériels pour se consacrer à l'œuvre de leur salut. Les vrais disciples vivaient dans la pauvreté; ils laissaient pousser leur barhe et leurs cheveux; ils n'usaient ni de parfums ni de bains*, t Ilsressemblent, dit Aristophane, tant ils sont hâves et décharnés, aux Spartiates après la prise de Pylos'. » Ces touchants et ridicules illuminés faisaient un étrange contraste avec les Alcibiade, les Charmide, les Adimante, et tous ces élégants viveurs qui fréquentaient Socrate par enthousiasme pour sa personne, mais surtout pour acquérir de lui l'habileté de parole qui servirait leur ambition. Le jeune Phidippide, qui aime la vie facile, les chevaux, le luxe, ne peut supporter l'idée d'entrer dans l'école oii il gâtera la fraîcheur de son teint, t Pouah ! dit-il à son père, je les connais, ces farceurs au teint blême, ces va-nu-pieds dont tu me parles; c'est ce misérable Socrate et Chéréphon^ » L'honnête et triste Chéréphon (Ghéréphon chauve-souris, comme l'appelaient les comiques)*, était un des plus connus de
i. Nuées, 833 et suiv.