Lysias, De invalidOf par
admis aussi facilement des comédies dirigées exclusivement contre le parti conservateur. Les auteurs savaient qu'en se moquant hardiment de Cléon ou d'ilyperbolos, ils avaient quelque chance de ne pas déplaire à l'archonte, et d'obtenir un chœur.
Une fois l'autorisation donnée par l'archonte, le poète avait affaire au chorège à qui sa pièce avait été attribuée. Le succès dépendait en grande partie du chorège. C'était lui qui réunissait les choreutes, les entretenait, les faisait instruire, leur fournissait tous les costumes et accessoires pour la représentation, et qui, enfin, payait les frais du sacrifice et du banquet final. S'il était riche et désireux de plaire, il déployait dans la mise en scène la plus grande magnificence, et il hébergeait royalement le personnel de la troupe. Si au contraire il avait peu de ressources et n'acceptait sa chorégie qu'à contre-cœur, tout le monde en souffrait, les choreutes, la pièce, le public et l'auteur. La comédie, moins bien jouée et chichement représentée, était éclipsée par l'éclat des pièces rivales, par la perfection de danses et de chants mieux exécutés.
Ordinairement, le chorège était riche; la chorégie était considérée comme la marque de l'opulence. Un client de l'avocat Lysias recevait une pension de l'État, comme infirme. Accusé d'avoir, pour obtenir cette pension, dissimulé sa fortune, il répond à son adversaire, entre autres arguments : t Si j'étais chorège pour la représentation des tragédies, et que j'appelasse mon adversaire à un échange de biens, il. aimerait mieux être dix fois chorège lui-même, que d'échanger une seule fois ses biens contre les miens*. » Ainsi les charges delà chorégie sont présentées dans ce passage comme les plus
i, Lysias, De invalido, par. 6.
lourdes qu'un citoyen ait à supporter, t On sait, dit l'auteur du Traité de la Republique d'Athènes, que dans les chorégies, dans les gymnasiarchies et dans les triérarchies, ce sont les riches qui paient la chorégie et le peuple qui en profite, ce sont les riches qui payent les gymnasiarchies et les triérarchies, et c'est pour le peuple qu'ils les paient*. »
Les riches, au temps d'Aristophane, étaient en grande majorité partisans de l'aristocratie. Les gens qui, appartenant à la démocratie par leur naissance, avaient gagné une fortune considérable dans le commerce ou l'industrie, comme plus tard le père de Démosthène, le banquier Pasion , le marchand Diodote , n'étaient pas nombreux encore, et de pareilles fortunes faisaient scandale. Les chorèges étaient donc presque toujours hostiles à la démocratie,etilssubvenaient aux plaisirs du peuple qu'ils détestaient; ne fallait-il pas, pour qu'il$s'y missent de tout cœur, que la pièce et l'auteur leur fussent agréables? Y avait-il un moyen plus sûr de les séduire, que de faire rire le public aux dépens de la démocratie? C'est un droit qu'ils payaient assez cher pour en user largement. La représentation d'une comédie coûtait encore quinze cent cinquante francs à un chorège sous Tarchontat d'Euclide *; la dépense devait être plus élevée, une vingtaine d'années auparavant, lorsque les chœurs comiques avaient toute leur vogue et tout leur éclat. A ce prix, le chorège pouvait au moins désirer que le poète fût de son parti.
11 avait d'ailleurs intérêt de son côté à bien faire les choses. Les poètes sont irascibles; ils ne pardonnaient
i. Xénophon, Bépublique d* Athènes, I, i3; id., Traité de Vhippar^ que, l, 26.