‹ Aristophane et l'ancienne comédie attiqueChapitre 185 sur 242 · Aristole, Poét · texte numérisé non relu

Aristole, Poét

i. Platon, Banquet, p. 196^ 5. Euripide, îr. 666.

qu'il aurait dû lui refuser, s'il s'était piqué d*étre conséquent avec lui-même. Au milieu des badinages obscènes, ordinaires à la comédie, où il nous présente le poète dans les Thesmophores, on devine une sympathie personnelle. Cette impression est confirmée par un passage des Grenouilles où, après avoir cité le misérable Euripide parmi les poètes défunts, Aristophane dit d'Agathon, mort lui aussi : f II est parti, cet excellent poète, abandonnant ses amis qui le regrettent. — Où donc est-il parti, l'infortuné? t- Pour les festins des bienheureux * . • Tandis que les mauvais poètes et les ennemis d'Aristophane sont précipités dans le marais des Enfers, avec les criminels, Agathon a les honneurs des Champs-Elysées. Ne faut-il pas conclure de ce passage qu' Agathon était des amis d'Aristophane?

Enfin, bien au-dessus d'Agathon lui-môme, nous rencontrons les trois grands tragiques, qu'Aristophane a traités fort inégalement, Sophocle avec une déférence calme, Eschyle avec une vénération parfois ironique, Euripide avec une impitoyable cruauté. Aristophane semble n'avoir pas eu de haine plus tenace que la haine d'Euripide. A peine arrivé à l'âge d'homme, il s'est jeté sur le grand poète, déjà âgé de cinquante-cinq ans; comme une abeille irritée, il n'a cessé de le cribler de piqûres venimeuses; il n'a même pas lâché prise, quand il n'avait plus affaire qu'à un cadavre.

Était-ce le résultat d'un mot d'ordre donné par les

i. Grenouillet, S3 et siiir.

conservateurs aux poètes comiques? On ne peut le dire, car dans les fragments de la comédie ancienne il ne reste presque aucune trace d'attaques dirigées contre Euripide. S'il y en avait eu, les commentateurs n'auraient sans doute pas manqué de les recueillir. Était-ce donc un duel entre les deux hommes? Il faut en chercher le? causes. Vraisemblablement, aux causes générales, telles que les différences d'opinions s'ajoutaient des motifs plus personnels. En politique, Euripide n'était d'aucun parti; il était plutôt ennemi de la démagogie * et ne cachait pas ses préférences pour la classe moyenne, amie de l'ordre, sur laquelle s'appuient après tout les conservateurs*. Mais il n'aimait ni les nobles ni les riches; on a de lui une quantité de réflexions irrévérencieuses sur le préjugé de la naissance et de la fortune. Ces réflexions, que l'on ne trouverait ni dans Eschyle ni dans Sophocle, prouveraient déjà qu'Euripide n'était pas le poète préféré des riches. En politique extérieure, il suivait l'opinion de la majorité; ses tragédies expriment les sympathies et les rancunes du patriotisme athénien, aux divers moments de son histoire ; mais il a volontairement appuyé sur quelques-uns de ces sentiments ; il n'était pas l'ami de Sparte et devait déplaire aux laconisants. Enfin, il était philosophe, il était l'ami d'Anaxagore et de Socrate, le représentant de la sophistique au théâtre*. Dans un fragment de comédie, d'une attribution incertaine, mais dont le texte n'est pas douteux, Euripide est appelé un auteur de tragédies bavardes, charpentées à la

i. Euripide, Héeube, 254-57.

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