Grenouilles, 8 il
L'ÉpUCATION. LA MUSIQUE ET LA POÉSIE. 341
lieuses auxquelles se livrent ses personnages, sous le coup de la passion la plus violente et dans les situations les plus tragiques; il lui reproche aussi sa maigreur, son prosaïsme, indigne de la tragédie, la familiarité d'un dialogue vulgaire, qui s'abaisse volontiers aux détails les plus insignifiants, la faiblesse de sa langue pâle, entortillée, fade malgré ses métaphores, digne de l'agora plutôt qu^ du théâtre, nourrie de tisane et de chicane *. Il en veut aussi à la composition négligée de ses pièces, à la naïveté et k la monotonie de ses pro* logues, où le personnage principal décline toujours son nom et celui de ses ancêtres, et raconte soa histoire avec des formules qui se répètent toujours; il en veut à son lyrisme, sans souffle, sans grandeur, sans conviction, mélange incohérent de digressions artificielles et de platitudes; à ses rythmes mous et lâches, à ses monodies ou cavatines, dans lesquelles le personnage tragique se transforme en virtuose et chante sa douleur en roulades et en vocalises.
Voilà pour la forme de ses tragédies : le fond en est pire encore. Pour exciter la pitié des spectateurs, comptant sur cette compassion facile dtl public, qui lui fait verser des larmes sur les malheurs immérités, Euripide se plaît à étaler au théâtre les contrastes du bonheur et de l'infortune, les catastrophes fameuses qui sont, en effet, l'objet ordinaire de la tragédie, mais auxquelles il faut conserver leur caractère de grandeur. La scène d'Euripide est un défilé de puissants personnages, rois et princes tombés dans la misère, éclopés et loqueteux, qui poursuivent les spectateurs de leur complainte nasillarde; c'est la cour des Miracles des héros. Voici Tinfor-