‹ Aristophane et l'ancienne comédie attiqueChapitre 193 sur 242 · Grenouilles · texte numérisé non relu

Grenouilles

Ce faisant, il a méconnu la loi fondamentale de l'art, qui est de rendre les hommes meilleurs. Le poète est réducateur de la jeunesse; il ne doit mettre sous ses yeux que de nobles spectacles et ne lui donner que de bons conseils. Ainsi comprenaient-ils leur mission, tous les grands poètes d'autrefois, qui ont enseigné aux hommes les inventions utiles, le respect des dieux, et qui leur ont inspiré le courage '. Au contraire, la Muse d*Euripide forme de jeunes bavards qui fuient la palestre et n'aiment que les controverses stériles; au lieu de soldats, elle ne fait que des bourgeois ergoteurs, poltrons et corrompus *.

On vient d'entendre l'acte d'accusation : tous les traits en sont tirés d'Aristophane. Il ne convient pas à mon sujet d'en discuter chaque article, mais il n'est pas inu-. tile d'indiquer la défense possible, afin de mieux marquer le point de vue d'Aristophane. Chacun de s,es griefs,; pris en lui-même, est fondé, mais tous les défauts qu'il signale avec une pénétration peu commune sont le revers d'une qualité. Le style d'Euripide est inégal, souvent faible, quelquefois embarrassé, maia.il est plus fin, plus riche de nuances, plus ondoyant que celui de ses prédécesseurs; il étreint de plus près la vie. Le dialogue est interrompu par ,des dissertations subtiles, parce que le poète a voulu que sa tragédie reproduisît les mœurs et l'esprit de ses contemporains, qu'on y retrouvât leurs joutes oratoires et leurs entretiens philosophiques. Le

i. Grenouilles, 1030 et suiv.

Page 1