‹ Aristophane et l'ancienne comédie attiqueChapitre 206 sur 242 · Eupolis, fr. i · texte numérisé non relu

Eupolis, fr. i

le Plutus, s'ouvrent comme celles de la comédie nouvelle par des conversations d'esclaves, et il est facile de voir, de Tune à l'autre, se former le type traditionnel. Dans les Chevaliers, les deux esclaves sont des personnages politiques, Nicias et Démosthène, déguisés en esclaves. Ils débitent une foule d'extravagances, mais n'ont rien du valet de comédie. Xanthias et Sosie, dans les Guépes^soni des esclaves, aussi bien de nature que de nom; ils médisent de leurs maîtres, et se consolent en échangeant des lazzis, de la veillée matinale qui leur a été imposée. Le Xanthias des Grenouilles est frère de celui des Guêpes; il suit Dionysos en maugréant contre la charge qu'il porte, et en égayant l'ennui de la route par des plaisanteries; il en use d'ailleurs très librement avec son maître dont il est le complice autant que le serviteur. Le Carion du Plutus ressemble encore davantage aux esclaves de la comédie nouvelle par ses manières, son intervention continuelle dans les affaires de la famille, la hardiesse familière de son langage; on le voit en scène depuis le commencement jusqu'à la fin de la pièce; il est devenu l'un des personnages les plus importantsde la comédie, oii rien ne se fait sans ses conseils ou son concours.

Le type du père, tel que l'a développé la comédie nouvelle, qui souffre des folies de son fils ou qui les partage, se devine aussi dans Aristophane. C'en est un que le Strepsiade des Nv^es; c*en est un aussi que le Philocléon ■ des Guêpes. Ces deux pièces ont bien tous les caractères ' de la comédie ancienne; il suffirait cependant d'y mêler une intrigue d'amour, d'y introduire une courtisane, pour en faire deux comédies de mœurs. N'est-ce p€Ls une jolie , scène de comédie moderne, si l'on en retranche les allusions politiques, celle où Philocléon, bien longtemps avant M. Jourdain, essaie de se former, sous la direction

LES MOBOnS. '"^"

(le son fils, aux liabituiies des gens du inonde? Le voici d'abord à sa toilette; il étouffe dans sa tunique de laine tissée àEcbatanei; ses souliers de Laconie<' lui meurtrissent les pieds; lorsque, déguisé de la sorte, il s'exerce à faire des plaisanteries spirituelles ou à chanter des chansons à boire ', il est d'un ridicule achevé. Au banquet, au milieu des gens habitués à une vie opulente, il se conduit comme un rustre, criant, lâchant des balourtlises, «'enivrant sans vergogne ^.

/. Toute cette scène, bien que tournée en farce, repose cependant sur l'observation de la vie réelle. Les festins étaient à Athènes les rendez-vous des élégants ; tous ne se passaient pas en conversations philosophiques comme le banquet de Platon; l'ivresse en était la conclusion ordinaire. Aussi, ces descriptions de festins abondent-elles dans la comédie; on pourrait rapprocher du banquet des GuépeSy un curieux fragment des Laconiens de Platon le comique. 'Deux esclaves causent sur la scène et nous racontent un repas de gens riches et oisifs, qui a lieu dans la coulisse. On en est à ce que nous appellerions le dessert, ce que les Grecs appelaient c(hnos. Les esclaves vont laver les tables et préparer le jeu du cottabe ; on servira les parfums et les couronnes pour chacun des convives, et après les libations, on se mettra à boire et à chanter, tandis qu'une jeune fille jouera de la fldte, et une autre du trigonon ^. Ces vers nous transportent véritablement au cœur de la société élégante d'Athènes au IV" siècle; ils évoquent des souvenirs de toute sorte,

i. Guêpes, 1151.

% GuépeSf 1165.

,3. Guêpes, 1212 et suîv.

A, Guêpes, 1319 et suiv.

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