‹ Aristophane et l'ancienne comédie attiqueChapitre 21 sur 242 · Platon, Danquel, 17o · texte numérisé non relu

Platon, Danquel, 17o

débris par un torrent. Allons plus loin encore, et analysons les sentimsnts des différentes parties de ce public. Four les étrangers, soumis à Athènes, écrasés par elle d'impôts et de procès, c'était une joie que d'assister à cette exécution de son gouvernement et de ses chefs. Ils prenaient là une revanche de leur faiblesse et savouraient la volupté de se venger sans péril. De leur côté, les paysans, dont Tennemi ravageait les champs, en voulaient à c«îuxqui leur avaient attiré la guerre; et quoique attachés à la constitution et sympathiques au gouvernement démocratique, ils en aimaient peu les chefs, éprouvant à leur égard cette aversion instinctive du campagnard laborieux et économe pour le bavard de la tribune ou du barreau, dont la fortune est si rapide et la besogne si aisée, à ce qu'il semble. Ils n'iraient certes pas se mettre en peine de défendre Gléon, l'intransigeant, Socrate le sophiste, voire Périclès, contre les lazzis d'un poète qui, après tout, disait parfois de si bonnes choses. Restaient donc les deux partis qui se disputaient le pouvoir et pour qui la comédie avait un intérêt plus sérieux. Tous habitaient Athènes ou le Pirée; les riches d'un côté, la classe moyenne et les pauvres de l'autre. Entre ces deux partis, la lutte, au théâtre du moins, était très inégale. La foule ne fait pas l'opinion; elle la subit. Écrite par un auteur que l'on savait le commensal et le A complice des nobles, montée par un chorège qui était du même parti, lue sans doute d'avance dans les cercles des gens d'esprit et précédée de la réputation que cefix-ci lui avaient faite, connue enfin par les répétitions du chœur et parTépreuveduproag^dw^la pièce arrivait au théâtre, devant ce public immense quine demandait qu'à suivre l'opinion des connaisseurs, pourvu qu'on Tamusàt. Il y avait des cabales formées pour tel poète, contre tel autre, mais

toujours entre personnes riches etleltrées. Les spectateurs des hauts gradins réservaient leur droit de vote pour d'autres assemblées et pour des procès plus dramatiques. Us étaient ou pouvaientétre les maîtres au Pnyx, à l'Héliée, même au Sénat ; que leur importait le reste ? 11 leur en coûtait peu d'abandonner le théâtre aux gens du bel air. Les victoires d'Aristophane ou d'Eupolis n'avaient pas delendemain;lesvictimes de la comédie enduraientlégèrement leur supplice; Gléon chassé par Démos au théâtre rentrait en maître dans l'Assemblée immédiatement après la représentation, et chacun prenait son parti de blessures qui paraissaient faire si peu de mal. Ce public était très inégalement éclairé. Il est vrai que les citoyens de la plus basse extraction savaient lire; le charcutier Agoracrite lui-même, qu'Aristophane présente comme le type de Tignorance, connaît pourtant ses lettres *. Il est vrai aussi que le peuple tout entier, à Técole même de la tragédie et de la comédie, avait acquis un sens critique très rare chez les foules. Les délicatesses et les subtilités d'un débat littéraire comme celui d'Eschyle et d'Euripide ne lui échappaient pas toutes; autrement Aristophane ne s'y serait pas aventuré. Il n'y avait pas à craindre, assurait-il, que les mots spirituels tombassent à terre, inutiles et incompris ^. « Ne craignez rien, dit-il encore aux deux adversaires, entrez hardiment dans votre sujet, vous avez affaire à des spectateurs intelli- .ujents '. » Ne forçons pas toutefois le sens de ces éloges; le poète prend ses précautions et prévient une critique. Je ne suis pas sûr que la dispute d'Eschyle et d'Euripide ait eu beaucoup d'attrait pour le gros public. C'est Dio-

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