Grenouilles, 1109-lti
nysos descendant aux enfers dans le costume d'Héraclès et mort de peur sous cet accoutrement de bravache, qui assura le succès de la pièce. Nous voyons, en effet, dans plusieurs passages d'Aristophane et d'autres comiques, qu'ils se méfiaient de l'intelligence du public et croyaier.t utile de louer eux-mêmes leurs inventions. Aristophane distingue nettement les spectateurs instruits des autres ' . C'est aux premiers qu'il s'adresse de préférence. Il compte sur eux pour le soutenir contre Cléon et applaudir ses Chevaliers, t Tu auras pour alliés, — dit Démosthène au charcutier, le rival de Cléon, — tous les honnêtes gens et les spectateurs intelligents '. » Pour ces spectateurs intelligents Aristophane composa sa comédie des Nuées. Mais il ne fut pas compris, même par cette élite, et s'en plaignit amèrement. Depuis, il chercha à satisfaire le public tout entier, s'arrangeant, comme il le dit luimôme, de manière à faire rire la foule et à plaire aux amateurs délicats. La foule, pourvu qu'on l'eût amusée, ne demandait pas mieux que de se rendre au jugement des amateurs. C'était abandonner à l'aristocratie la maîtrise du théâtre. Ces amateurs, en effet, ce sont tous ces jeunes gens riches, débauchés et oisifs, qui, le jour, fréquentent les cercles, les palestres, et vont après le bain dans le marché aux fleurs et aux parfums ^ Là, ils discutent savamment sur le talent de tel ou tel orateur en renom*, tout en s'achetant des couronnes. Le soir, au souper, ils causent d'art et de poésie, et après avoir chansonné le tyran, rentrent chez eux en remplissant îa ville du bruit de leurs équipées '^. Ils sont ennemis du
\ i. Nuées, 520 et suiv. ; Guêpes, 1049-50.