GrenouWes, 367, scol
3. Il résulterait du fr. 495 d'Euripidft (éd. Nauck) — si réellement Euripide a voulu, dans ce passage, désigaer los poètes comique3, — qu'ils fdisixient argent do leur mûLi-r.
ÎV
Je ne veux pas dire que les poètes fussent tout à fait contre leur gré à la solde des aristocrates. En les défendant, ils défendaient leurs amis, leurs protecteurs, leurs inspirateurs. Le nombre des personnes capables de s'intéresser véritablement aux choses de l'esprit était, même à Athènes, très restreint. La poésie, la philosopbie, la rhétorique étaient des études réservées à une élite. Les poètes comiques en faisaient naturellement partie, sinon par leur naissance et leur fortune, du moins par leur talent. Ils se mêlaient beaucoup à la foule, chose facile à Athènes où Ton vivait dans la rue et où tout le monde se connaissait, mais ils avaient dans certaines sociétés choisies un refuge préféré. Nous pouvons nous représenter Aristophane comme ce personnage d'Eupolis, « qui avait beaucoup appris, assis dans la boutique d'un barbier, observant tout sans qu'on prît garde à lui et sans avoir l'air de faire attention ' . » Mais ce n'est pas là son milieu de prédilection. 11 était lié avec la jeunesse riche et turbulente des Chevaliers, et si nous voulons nous faire une idée d'un cercle où il vécût familièrement, c'est au banquet de Platon qu'il faut songer : Le délicat et somptueux poète tragique Agathon, le noble Glaucon, Alcibiade, voilà les compagnons de plaisir et de causeries d'Aristophane.
En dehors de la foule où il s'instruit et de la solitude où il compose, le poète a besoin d'une société vivante et intelligente où s'entretienne sa verve et où son ambition
d tupolis, il". 180.
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s'exalte. Il a besoin de s'enlendre louer, et surtout critiquer ; les amertumes de Tamour-propre blesse lui sont utiles, comme à une flamme Tair vif qui la nourrit et la secoue. Voilà ce qu'il trouvait chez les grands, et c'est pour cela qu'il les recherchait. Mais s'il trouvait auprès d'eux les conseils et les excitations dont son esprit avait besoin, et aussi des habitudes de vie plus distinguée, des goûts de luxe qui séduisaient sa délicatesse et des préoccupations analogues aux siennes, comment sa sympathie pour les personnes n'eût-elle point passé insensiblement aux opinions que ces personnes représentaient? Adopté par l'aristocratie, malgré son origine, le poète à son tour en adoptait les mœurs et les idées. Ainsi les obligations de son art s'accordaient vite avec ses sentiments, et il écrivait pour les aristocrates par choix tout autant que par métier. Les préjugés de l'oligarchie pénétraient peu à peu dans son esprit et le façonnaient; il en arrivait à confondre lui aussi le droit aux égards et au respect que doit donner la naissance, avec le droit au gouvernement, et inversement, l'infériorité de l'origine avec celle de l'esprit. De là ses attaques contre la démocratie. Il la poursuivait avec le zèle d'un néophyte et l'emportement d'un artiste; grossie de toutes ses préventions, elle lui apparaissait monstrueuse. Il serait donc injuste de reprocher aux poètes comiques leur vénalité, et sans vouloir non plus exagérer leur délicatesse, il est bon de montrer que des sentiments d'une autre nature se mêlaient à leur cupidité. Leur intérêt conspirait avec leurs affections, et, sans effort, ils se faisaient de leur complaisance un patriotisme.
L'illusion était d'ailleurs naturelle, inévitable. Du moment que la comédie athénienne avait le caractère d'une satire politique, elle ne pouvait être que conservatrice.
Le parti démocratique, renversant Tune après Taulre toutes les barrières qui lui faisaient obstacle, était arrivé au pouvoir. Il dominait à FAssemblée, au Sénat, à THéliée; il avait ses représentants parmi les stratèges et comptait à son service les orateurs les plus influents. Il avait fait la constitution à son avantage et possédait la puissance politique. Mais il n*avait ni la fortune, ni l'autorité morale. L'oligarchie, au contraire, débusquée de toutes ses positions, conservait l'ascendant des grands noms, de la richesse et du talent. C'était trop peu pour gouverner; c'était beaucoup pour agiter l'opinion et préparer la revanche. Aux abus d'aujourd'hui , elle opposait les vertus d*autrefois, aux hommes arrivés aux honneurs, ceux qui en étaient exclus, aux fautes commises, les réparations prochaines. Ce procédé facile de polémique a toujours réussi auprès des artistes, des philosophes, que la séduction d'un idéal irréalisé entraîne » si aisément à mépriser le réel qui les opprime.
Cet idéal que nous nous imaginons lointain et inaccessible, les contemporains d'Aristophane ne le voyaient pas dans l'avenir, mais dans le passé. Ils concevaient le progrès au rebours. Athènes avait eu quelques années glorieuses entre toutes, les années de Marathon et de Salamine. Alors l'aristocratie, avec l'aide de tous les citoyens, avait sauvé la patrie. De là était née la grandeur d'Athènes. Maintenant, les démagogues étaient en train de dissiper cet héritage. Comment relever la puissance d'Athènes, si ce n'est en revenant aux principes et aux hommes qui l'avaient fondée? Ainsi raisonnaient les philosophes. Le poète comique n'était pas obligé d'être plus juste qu'eux pour la démocratie, et son art l'obligeait à l'exagération. Forcé de mettre en lumière les vices du présent, qui étaient ceux de la
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I (lémocralie, n'ayant point d'ailleurs pour juger les liommes et les choses de son temps, d'autre point de comparaison que l'histoire embellie du passé, c'est au nom de ce passé, de ceux qui croyaient le représenter, que le poète attaquait les démagogues. Il ne pouvait faire une autre politique d'opposition que de la politique réactionnaire, d'autre caricature que celle de Démos. Voilà pourquoi cette image grotesque, à la fois si étrangement ressemblante et si menteuse, domine i'œuvro tout entière d'Aristophane.
Mais est-il possible que ce Démos soupçonneux et toutpuissant n'eût pris aucune sûreté contre les audaces de la comédie? En dehors du droit de l'archonte, n'y avait-il pas une censure quelconque, une loi spéciale dont les pouvoirs publics auraient pu s'armer au besoin contre les pamphlétaires et leurs amis ? En un mot, et pour continuer une comparaison déjà indiquée, y avait-il une loi dans le genre de nos lois sur la presse? La lecture seule des comédies d'Aristophane suffirait à prouver, ou que cette loi n'existait pas, ou qu'on ne s'en servait pas, ou qu'elle n'a existé que d'une manière intermittente. En outre, une loi semblable eût été contraire à l'esprit même de la comédie, telle que l'avaient constituée ses origines et que la tradition l'avait conservée. Les témoignages des anciens à cet égard abondent et sont unanimes. La comédie ancienne avait laissé le souvenir d'une liberté absolue. Le but des poètes de la comédie ancienne, disent-ils expressément, était de railler les stratèges, les juges, les autorités, quelles qu'elles fussent.
Le jour ou ces railleries cessèrent, la comédie changea de nom. L'origine religieuse de la comédie justifiait cette liberté. Les jours desDionysies et des Lénéennes étaient consacrés à Dionysos; l'action légale était alors suspendue ou ne s'exerçait que pour assurer le libre exercice du culte. Aller entendre une comédie, c'était prendre part à une manifestation religieuse; tous ceux qui y assistaient jouissaient d'immunités particulières. En lin, une loi spéciale était inutile. Les magistrats ou les simples particuliers pouvaient en leur nom personnel poursuivre le poète calomniateur. Parmi les crimes prévu s par la législation, ils n'avaient qu'à choisir : trahison, aspiration à la tyrannie, renversement de la démocratie, tort causé au peuple, tels sont les crimes politiques dont le poète pouvait avoir à répondre, et en dehors même des crimes prévus, Veisangélie ou dénonciation permettait aux citoyens d'en imaginer de nouveaux. Le poète comique était soumis au droit commun. Mais ce droit s'exerçait fort rarement contre lui; bien qu'exposé aux rigueurs des lois pénales ordinaires, il n'avait pas grand'chose à en redouter.
On a voulu cependant trouver dans un passage fameux du Traité de la république d'Athènes la preuve qu'une loi spéciale sur la comédie avait existé. « Les Athéniens, y lit-on, ne laissent pas ridiculiser et insulter le peuple dans les comédies, pour ne pas être insultés eux-mêmes, mais ils permettent et encouragent les railleries contre les individus. Ils savent bien que les personnages de la comédie ne sont pas ordinairement du peuple et de la foule, mais que ce sont des riches, des nobles ou des puissants. Les gens de petite condition et du peuple ne sont attaqués que rarement, et seulement à cause de leurs intrigues et de leur ambition; aussi n'cst-on pas