LA LÉGISLATION
fâché de les voir tourner en ridicule *. • C'est un ennemi de la démocratie qui a écrit ces lignes, mais comme il lo connaissait bien! S'adorant elle-même, prise en masse, mais jalouse de toute supériorité individuelle, et heu reuse des coups que ses ennemis portent à qui ose, étaiil du peuple, ne pas ressembler à tout le monde.
L'auteur dit donc que le peuple ne se laissait pas insulter par les poètes comiques. Gela ne veut pas dire qu'il y eût un article de loi particulier à la comédie, analogue à ceux de nos lois sur la presse, par lesquels il était interdit d'attaquer le gouvernement établi. En pareil cas, les lois ordinaires suffisaient. On le voit bien par ce ^qui se passa après la représentation des Babyloniens, Aristophane avait écrit la pièce, mais se sentant encore trop jeune pour la présenter lui-même, il la confia à son confrère Callistrate ' qui la donna sous son nom. La pièce fut représentée à la fête des Dionysies de l'année 426, en présence des étrangers et des alliés qui venaient à Athènes apporter les tributs. La démocratie et les magistrats y étaient violemaient outragés. Cléon, qui était alors sénateur, cita Callistrate devant le Sénat pour outrage au peuple '; il jugeait nécessaire d'arrêter des injures qui pouvaient amener des défections parmi les confédérés. Il ne pouvait sans doute pas dénoncer la pièce elle-même, puisqu'elle avait été autorisée par l'archonte, mais il trouva facilement un prétexte pour justifier son accusation. Il se plaignit qu'on eût fait du tort à la République en l'insultant devant les alliés. En
1. Traité de la iîep. d'Athènes, éd. Belot; lire la discussion de M. Belot sur ce passage, p. 27-32. (Paris, Pedone-Lauriel, 1880.)