‹ Aristophane et l'ancienne comédie attiqueChapitre 29 sur 242 · Guêpes, 1284 et suiv.; scol. au vers i'28o · texte numérisé non relu

Guêpes, 1284 et suiv.; scol. au vers i'28o

60 ARlSTOPnANE.

tenait à sa discrétion; le poète fit une gambade et son ennemi le lâcha. C'est après les Chevaliers que la scène ^ avait dû se passer, car dans la pièce suivante, les Nuées, il n'est pas question de Cléon; l'auteur des Chevaliers n'ose plus s'y frotter. Une année plus tard, avec les Guêpes, la situation politique ayant changé, Aristophane recommença; il n'avait plus rien à craindre. Ainsi nous sommes autorisés, par le passage des Guêpes, à dire que si le poète n'a pas été poursuivi et sans doute condamné pour les Chevaliers, c'est qu'il avait fait amende honorable. On s'aperçoit du reste par sa façon d'en parler, 011 la fanfaronnade le dispute à la platitude, qu'il ne faut voir en lui rien moins qu'un héros. A peine Voltaire à Francfort fut-il à la fois plus comique et plus impudent. Voilà comment la démocratie se défendait contre les poètes comiques ; ils n'avaient guère lieu de s'en inquiéter. Cette môme démocratie qui savait si mal se défendre, autorisait volontiers les attaques contre les individus; l'auteur du traité en donne une raison piquante. Les inconnus — la masse du peuple — étaient protégés par leur obscurité. Sûrs de n'avoir rien à souffrir des excès de la comédie, ils n'étaient pas fâchés de voir apparaître devant eux dans des attitudes ridicules les hommes du jour, fussetit-ils même de leurs amis les plus chauds. Pourquoi auraient-ils enlevé aux poètes cette liberté qui leur donnait à eux, petits marchands, ouvriers ou marins, le plaisir de rire de leurs maîtres? Ils les applaudissaient à l'assemblée, votaient pour eux les jours d'élection, et se laissaient conduire aveuglément par les pires d'entre les démagogues, mais la défiance instinctive du peuple pour ses chefs subsistait au fond de leur âme, et au jour des représentations dramatiques, on se soulageait de ses votes, de ses applaudissements et de sa

LA LÉGISLATION. Gl

docilité. La liberté de la comédie assurait une vengeance à ceux qui n'étaient rien.

Aussi les individus n'avaient-ils aucune proL?ction efficace contre les outrages les plus grossiers. A la longue, cette liberté inaugurée par la démocratie, et dont elle se réjouissait, se tourna contre elle. Le parti oligarchique seul en profita, et dans certaines heures difficiles, on put craindre que la liberté de tout dire contre les individus ne tuât la constitution elle-même. Il fallut recourir aux lois d'exception. Une première fois,' en 440, un décret T porté sous l'archontat deMorychidès interdit aux poètes de mettre les personnes sur la scène *. C'était au moment de la révolte de Samos. Si l'exemple de Samos était suivi par les autres îles alliées, c'en était fait de l'hégémonie athénienne. A force de déconsidérer les hommes politiques d'Athènes, et surtout le plus grand d'entre eux, Périclès, les poètes comiques pouvaient contribuer à la dissolution de l'empire. Le décret avait donc sa raison d'être; mais les habitudes étaient plus fortes que la raison, et, le danger passé, on regretta ce jeu amusant oh le peuple démolissait au théâtre les réputations qu'il avait faites sur la place publique. Le décret de Morychidès ne dura que trois ans; la guerre du Péloponnèse survint, et le peuple continua à rire de plus belle.

Cependant la même interdiction fut renouvelée en 415 ^ sur la proposition d'un orateur populaire nommé Syracosios'. L'affaire des Hermès venait d'éclater, la flotte était partie pour la Sicile, et une émotion extraordinaire régnait à Athènes. La situation parut si grave à l'intérieur comme à l'extérieur, que le peuple, préoccupé

i. Aeharniens, 67, scol.

Page 1