‹ Aristophane et l'ancienne comédie attiqueChapitre 32 sur 242 · LIVRE PREMIER CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER CHAPITRE III

LE GOUYEBNEMENT

Les institutions.

Véracité de la comédie. — La démocratie d'après la comédie; les n semblées; les juges; les orateurs. — Le pouvoir exécutif; les stratèges; Tarmée ; la flotte. — Les finances. — La guerre et la paix. — La satire d'Aristophane contrôlée par l'histoire de Thurydide. — Injustice de la satire d'Aristophane. — Patriotisme d'Aristophane; son jugement définitif sur la politique.

Nous savons, par les origines de la comédie, quels en Hâtaient les principaux caractères, et nous venons de voir à quelles tendances politiques et religieuses devaient obéir les poètes comiques. Il nous reste à examiner avec quelle mesure et dans quel esprit tous y ont obéi, et particulièrement le plus grand d'entre eux, Aristophane. A l'entendre; il n était préoccupé que du bien de son pays; la vérité, la justice, le patriotisme le plus pur l'inspiraient. Fidèle à la manière de voir de son temps, où Ton considérait encore l'art comme un moyen de gouvernement moral et religieux, les artistes comme les interprètes de la pensée de l'État, il se vantait, non pas tant de son talent de poète, que du courage avec lequel il défendait les bons principes. Quand il s'adresse au public,

il ne le fait point en écrivain qui se propose seulement de l'amuser, mais en apôtre qui prétend le convertir. Ses préfaces sont des professions de foi. Le théâtre est pour lui une tribune ou une chaire d'où il parle en orateur politique et en prêtre; il a une mission à remplir; il a charge d'âmes. A plusieurs reprises, dans ïesAcharniens, il se glorifie d'avoir osé tenir le langage de la justice, et d'avoir enseigné le bien. Le mot de justice revient dans sa bouche jusqu'à trois fois dans dix vers, pour caractériser son rôle *. Le môme mot reparaît encore ailleurs dans la même pièce, puis encore dans les Chevaliers *. Dans les Nuées, il se promet de dire la vérité '; dans la Paix *, il recommande aux Athéniens de ne pas oublier les services qu'il leur a rendus; dans les Guêpes enfin, il se fait luimême le panégyriste de sa gloire; jamais avant lui aucun front ne s'était levé plus haut vers le ciel ^.

Les Athéniens, qui étaient gens d'esprit, savaient bien où le poète voulait en venir. Outre le plaisir de se louer soi-même — plaisir que les poètes se refusent rarement — celui-ci voulait intéresser les auditeurs en protestant tout d'abord de l'excellence de sa cause. C'est un des préceptes élémentaires de la rhétorique. Ses comédies en effet sont autant des plaidoyers que des pièces de théâtre. On le voit, rien qu'à la disposition de certains dialogues, très fréquents, où le pour et le contre sont exposés contradictoirement par deux personnages de la pièce défendant, l'un les idées du poète, l'autre les idées opposées, jusqu'à ce que, finalement, la bonne cause

i. Achamiens, 800, 501, 633, 641-45, 655, 661-62.

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