Chevaliers f
La mobilité de leur imagination les pousse à désirer toujours ce qu'ils n'ont pas, aujourd'hui Pylos, demain la Sicile, ensuite Carthage; leur ignorance leur fait croire que tout est possible et les encourage à tout bouleverser; ils ne se figurent pas que gouverner puisse être autre chose que faire et défaire sans cesse les lois. Ils rejettent le lendemain les mesures qu'ils s'étaient hâtés de prendre la veille; ils jouent avec les décrets comme des enfants avec des balles; les lois ressemblent chez eux aux toiles d'araignée qu'on déchire d'un coup de balai et qu'une nuit suffit à reconstruire*. Quittez Athènes pendant trois mois, et vous ne la reconnaîtrez plus'. La majorité dont nous parlions tout à l'heure applaudit à la proposition saugrenue de Praxagora parce que c'est la seule nou veauté qui n'ait pas encore été essayée '.
Quand il a une fois goûté à ce plaisir d'être l'arbitre souverain de toutes choses, disposant par son vote des magistratures et des commandements, le peuple ne veut plus y renoncer ; il s'attache d'autant plus fort à ce pouvoir qu'il lui a coûté plus de peine, et qu'il s'en trouve moins digne; il devient jaloux, soupçonneux, ennemi de toute supériorité ; dans sa crainte des tyrans, il est tyran lui-même. Le souvenir de la tyrannie d'Hippias est resté vivant dans le souvenir de la démocratie; à la fin des repas, en guise de chanson à boire, on chante les fameux couplets d'Harmodius * ; pour peu qu'un citoyen riche déplaise au gens de la dernière classe, ils voient en lui un prétendant à la tyrannie ; il se fori^ic ainsi une catégorie de suspects. Cléon est dénoncé comme un tyran