Guêpes, 619 et suir, â. Guêpes, 1^3 et suiv
ceux-là. 11 est le premier à aboyer Contre le chien Labès qui a volé et mangé un morceau de fromage de Sicile; les juges, nourris par lui, sont ses amis et ses complices. A peine est-il assailli et battu par les chevaliers, que son premier cri est pour les héliastes. t vieillards de l'héliée, confrérie du triobole, vous que je nourris en hurlant pour une cause juste ou injuste, au secours! Ce sont des conjurés qui me frappent *. > Entre le juge ignorant, vulgaire et stupide, et le sycophante rapace et retors, il s'est créé une association toute naturelle; le juge a besoin du sycophante pour susciter les affaires» et le sycophante a besoin du juge pour exercer son métier. Tous les deux s'entendent à dépouiller le riche qui paie pour Tun les trois oboles, pour l'autre les pots-de-vin avec lesquels il cherche à éviter une dénonciation, des amendes, la confiscation, l'exil.
Ainsi naît, croît et s'engraisse la race des orateurs, produite par le régime populaire, par le règne de l'Assemblée et des tribunaux. Le peuple réuni en Assemblée ne peut pas délibérer sans orateurs; le peuple réuni en tribunal ne peut pas juger sans avocats. Tout se faisait donc à Athènes par la parole. Comme l'influence de la parole s'exerçait le plus souvent au profit de la démocratie et contre l'aristocratie, il n'y avait pas de personnages plus raillés, plus insultés, plus haïs par les poètes comiques que les orateurs. U s'agit ici, non point des hommes politiques qui prenaient accidentellement la parole dans l'Assemblée, mais des orateurs de profession, élevés dès leur jeunesse dans la pratique de la rhétorique, et qui vivaient de leur langue, comme d'autres de leurs mains. C'étaient quelquefois des citoyens appar-
i. Chevaliers, 2811-57.
tenant à de grandes familles, comme Alcibiadé, qui voulaient par leur éloquence arriver au pouvoir, ou des partisans de Toligarchie comme Antiphon ; le plus souvent, c'étaient des gens de condition médiocre, que leur éducation plus soignée avait mis à même de tirer profit de leur art, et qui, pour en profiter, le mettaient au service du peuple. Ils se faisaient d'abord bien venir de lui par leurs semblants de désintéressement et leur apparent amour de la justice. Ils ne parlaient jamais sans jurer d'être. dévoués à la démocratie, et sans mettre la main sur leur cœur, t Non, je ne trabirai pas la canaille atbénienne; jusqu'au dernier soupir, je lutterai pour le peuple ^ » Aussi ils s'empressent auprès de Démos, ils l'assiègent, ils bourdonnent autour de lui. Il faut que l'un d'entre eux, qui veut garder pour lui seul les faveurs du maître, Gléon, les écarte comme des moucbes avec une branche de myrte *.
On les voit aussi au tribunal, où ils entourent Philo cléon et le cajolent. Malheur au citoyen qui s'expose à les avoir pour adversaires ! Fût-ce un homme à cheveux blancs, l'honneur de la ville, on saura bien le faire choir sur une chausse-trappe, dans un procès de trahison ou de concussion. Que sera-ce donc, si au lieu d'un personnage défendu par son nom et par ses services, il s'agit d'un campagnard impliqué par innocence dans une mauvaise affaire? Voici comment un de ceux-là raconte luimême son procès : t Nous autres, vieillards, hommes d'autrefois, nous avons à nous plaindre de la ville. Les combats que nous avons livrés sur mer nous méritaient bien d'être nourris par vous dans notre vieillesse. Au lieu de cela, nous sommes maltraités. Vous uous embQ,rquez
■1. Guêpes, 6d6-67.