‹ Aristophane et l'ancienne comédie attiqueChapitre 40 sur 242 · Chevaliers, od · texte numérisé non relu

Chevaliers, od

dans des procès, et vous souffrez que des morveux d'orateurs se moquent de nous, qui ne sommes plus bons à rien, pauvres vieux, sourds et usés par les ans, qui, pour nous soutenir, n'avons qu'un bâton, en guise de Poséidon. Debout devant le tribunal de pierre, l'âge nous fait bégayer, et nous ne voyons dans votre justice qu'un brouillamini. Et lui, ce jeune homme ardent à plaider sa cause, nous frappe vivement de ses paroles rapides, nous traîne devant vous, nous questionne ; par ses manigances il trouble, déconcerte et bouleverse le pauvre vieux Tithon édenté qui, mâchonnant ses mots, s'en va avec une amende. Et il pleure alors, et il sanglote; et il dit à ses amis : Je m'en vais. Me voilà condamné à payer l'amende avec ce qui devait m*acheter un cercueil *. »

La constitution athénienne livre donc au premier coquin venu, à la langue exercée, l'honneur des citoyens les plus respectables. Ce sont surtout les jeunes gens, encore imberbes, de mœurs dissolues, qui excellent dans cet art du sycophante. L'impureté de la vie et l'impudence sont leurs traits caractéristiques *. Dans un passage des Chevaliers, le marchand de boudins reproche à Gléon d'avoir dénoncé des jeunes gens qui pratiquaient la débauche la plus scandaleuse, t Tu les as arrêtés parce que tu étais jaloux d'eux; tu ne voulais pas qu'ils devinssent orateurs* ». Leurs goûts crapuleux témoignaient de leur vocation. Dans VAssemble'e des femmes, Praxagora se vante d'être naturellement éloquente, comme doivent Tétre toutes les femmes. « En effet, ajoutet-elle, on dit que les jeunes gens qui se sont le plus souvent prêtés au plaisir des autres sont les plus habiles à

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