‹ Aristophane et l'ancienne comédie attiqueChapitre 41 sur 242 · Cheimliers · texte numérisé non relu

Cheimliers

78 AmSTOPHANE.

parler. N'est-ce pas là un vrai privilège que nous tenons de notre bonne fortune * ? > Leur impudence est sans égale. L'habitude de plaider le pour et le contre, le besoin et le désir de s'enrichir par les affaires, par rintrigue, par la calomnie, ont développé leur scepticisme naturel, accru leur effronterie et les ont rendus capables de tout, t Est-ce que, dès Torigine, tu n'as pas montré cette impudence qui est la seule règle des orateurs'? » C'est en ces termes que les Chevaliers apostrophent Cléon, affectant à son égard le mépris du riche pour ceux qui font métier de leur éloquence. L'argent est le but principal deleurs efforts. Tous les revenus de l'État, comme lespistoles du bonhomme Argante. finissent par tomber dans les mains souples et profondes des orateurs. S'ils font entendçe le tonnerre de leur voix contre des alliés infidèles, c'est pour leur extorquer cinquante talents. Cela veut dire que leurs déclamations patriotiques cachent des vues intéressées, et qu'ils épargnent ceux qui les achètent. Et ils ne s'en cachent môme pas; on reconnaît l'orateur de race à la franchise de son cynisme, t Je reconnais que je suis un voleur; et toi, tu le nies, » dit Cléon au marchand de boudins, pensant ainsi démontrer son incontestable supériorité. Mais l'autre ne se tient pas pour battu, t Par Hermès, dieu de Tagora, je me parjure devant ceux qui m'ont pris sur le fait'. »

Voilà comment la république est en proie à des misérables. En établissant définitivement le régime politique sur l'égalité de tous et sur le pouvoir des assemblées, les fondateurs de la démocratie ont assuré le triomphe de la

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