‹ Aristophane et l'ancienne comédie attiqueChapitre 43 sur 242 · Platon, fr · texte numérisé non relu

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2. Voir, sur le rôle et les attributions des stratèges, la thèse de M. Hauvette Besnault. (Paris. Thorin, 4885.)

avaient le droit de communiquer avec le conseil des Cinq- Cents et de réunir extraordinairement l'Assemblée du peuple. Pendant une période de guerre comme celle où / \ écrivait Aristophane, ils étaient les véritables maîtres \f Ide la cité. Le parti oligarchique se serait donc à moitié consolé du régime démocratique s'il avait pu garder la stratégie pour lui seul. Mais les fonctions de stratège étaient électives, et bien que restées pendant longtemps hors des atteintes de la démocratie, elles commençaient à lui appartenir, comme tout le reste. Plusieurs hommes nouveaux, qui s'étaient signalés d'abord à l'Assemblée, qui étaient ensuite entrés au Sénat où ils avaient pu prendre l'initiative de mesures utiles au grand nombre, et qui avaient ensuite fait leur apprentissage des affaires dans quelques commissions administratives ou financières, réussirent enfin, malgré le double obstacle de leur naissance et de la tradition, à se faire élire stratèges. Ce fut, aux yeux des aristocrates, la plus grande victoire de la démocratie, et le signe le plus évident de la décadence.

Chaque année, à la nouvelle lune du mois de munychion (avril), au moment de nommer les stratèges, une bataille électorale acharnée s'engageait entre les deux partis *. L'enjeu était le gouvernement de la république. Les poètes comiques, interprètes des sentiments de l'oligarchie, ne pouvaient pas se taire sur cet événement, le plus considérable de l'année ; on en trouve presque toujours quelque trace dans leurs pièces. Ils applaudissaient quand leurs amis l'avaient emporté; ils accueillaient par des injures et des sarcasmes le triomphe de leurs

1. Nuéeê, 58i-86. Voir, sur la date de Télection des stratèges, Beloch, Die aitische Politik $eil Perikles, Leipzig, Teubner, I884» p. 2Co et suiv.

adversaires. En 428, Lysiclès, un marchand de bestiaux, ami de Périclès, est élu stratège concurremment avec Nicias; c'était la première fois qu'une chose pareille se voyait. Aristophane ne manqua pas sans doute d'en dire son avis dans les Détaliens ou les Babyloniens ; il y revint d'ailleurs quelques années môme après la mort de Lysiclès, dans les Chevaliers, La décadence se manifeste pour lui dans les choix successifs qu'ont faits les Athéniens. D'abord un marchand d'étoupes, Eucrate, a gouverné la ville, puis un marchand de moutons, Lysi dès la voici maintenant qui obéit à un marchand de cuir, Gléon : il ne lui manque plus que d'obéir au marchand de lampes Ilyperbolos ou au dernier de la canaille, le marchand de boudins Agoracrite. t Athènes, s'écrie-t-il, tu es comme les amoureux, tu repousses les honnêtes gens, et tu t'abandonnes à des marchands de lampes, à des cordonniers, à des corroyeurs, à des marchands de cuir*. » Le jour de l'élection de Gléon, les nuées se sont amassées au ciel, le tonnerre a retenti, la lune a quitté sa route accoutumée, le soleil s'est éteint, ne voulant pas voir Gléon stratège*. » En d'autres termes, les dieux ont protesté contre ce sacrilège par une éclipse de lune.

Et cependant, ces victoires du parti démocratique étaient encore rares; une seule suffisait pour mettre les oligarques hors d'eux. Aux élections de 426, le parti aristocratique est battu ; les stratèges élus sont des hommes considérables et de nom respecté : Hippocrate, neveu dePériclès, Aristote, Eurymédon, lliérophon, Pythodore, Simonide, Sophocle*. Mais ces hommes étaient d'opinion

i. Chevaliers, 736 et suiv.

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