Voir Beluch, Die allische Polit i le, p
démocratique et partisans de la guerre. Il n'en fallait pas davantage. Aristophane, pour satisfaire la rancune de ses amis, écrivit sur cette élection une scène à la fois comique et violente où se traduisent dans toute leur naïveté les préjugés de l'aristocratie. Lamachus,le soldat fanfaron, discute avec le pacifique Dicéopolis. « L. Voilà ce que tu oses dire à un stratège S toi qui n'es qu'un mendiant! — D. Moi, un mendiant ! — L. Et qui es-tu donc ? — D. Qui je suis ? Un bon citoyen, qui ne cherche pas les commandements, mais qui sert €omme simple soldat depuis le commencement de la guerre, tandis que toi, depuis le commencement de la guerre, tu commandes pour de l'argent. — L. C'est qu'on m'a élu. — D. Parlons-en : trois coucous ! J'en ai eu la nausée, et c'est pour cela que j'ai fait la paix pour mon compte. Je voyais dans les rangs des hommes à cheveux blancs, tandis que des jeunes gens, des fuyards comme toi, gagnaient leurs trois drachmes par jour à guerroyer en Thrace, un Tisaménophénippe et un Panurghipparchide. D'autres sont avec Charès, d'autres chez les Chaoniens, un Gerétothéodore, un vantard de Diomée, d'autres enfin à Camarina, à Gela et à Katagéla. — L. Mais on les a élus ! — D. Et pourquoi allez-vous gagner une solde n'importe où, tandis que ceux-ci ne gagnent rien ? N'est-ce pas, Mariladès ? As-tu une seule fois été ambassadeur, toi qui as les cheveux tout blancs ? Tu vois, il fait signe que non. Et pourtant, c'est un homme de sens, et dur au travail. Et Dracyllos, et Euphoridès, et Primidès ? Est-ce qu'aucun d'eux a vu Ecbatane ou la Chaonie ? Ils
i. Je ne suis pas absolument sûr que le mot stratège soit pris ici dans son sens propre. Celte scène est très difficile à expliquer; j'ai crucependant pouvoir la citer comme un exemple des sentiments de la noblesse à l'égard des chefs de l'armée.
dirent que non. Mais on y envoie le fils de Coésyra, et Lamachus, à qui jadis, pour n'avoir pas payé leur écot et leurs dettes, tous leurs amis criaient : hors d'ici ! comme on crie le soir, en jetant par la fenêtre Teau avec laquelle on s'est lavé les pieds *. »
Les électeurs sont donc des sots quands ils élisentdes démocrates, et la guerre n'est qu'une entreprise de condottiere quand elle n'est pas conduite par des nobles. Mais les plus détestables de tous ces stratèges, ce sont encorelestransfugesdeTaristocratie, qui, parambition, se sont mis du côté des démocrates et poussent le plus ardemment à la guerre, les Alcibiade, les Laespodias. Aristophane n'a pas parlé d'Alcibiade, à ce point de vue du moins, dans ses comédies conservées; mais les fragments d'Eupolis suppléent, nous le verrons plus loin, à son silence. C'est sans doute à Laespodias qu'Eupolis fait allusion dans les vers suivants : « grand Miltiade, et toi, grand Périclès, ne laissez pas le commandement à d'infâmes débauchés, à des enfants qui traînent leur stratégiesurleurschevilles boiteuses ^. » Plus loin, dans la même pièce, Laespodias est désigné par son nom : a Voyez donc ces deux flûtes, Laespodias et Damasias, qui me suivent en traînant la jambe ^. » Aristophane, de son côté, raille les électeurs qui ont choisi un tel stratège : a démocratie, où nous mènes-tu, si les dieux ont choisiun représentant bâti comme cethomme*?» Laespodias avait été élu stratège aux élections de 415. PI lard, lorsque le démagogue Agyrrhios fut nommé stratège en 388, le poète Platon parla dans les termes délicats que voici de cette élection : — Démos, au moment de jeter son vote dansTurne, prie quelqu'un de le soutenir: a Vite, vite, donne-moi la main ; je vais élire Agyrrhios
1. Acharnieyi^, 503 etsuiv. —2. Eupolis, fr. 100. — 3. Eupolis, fr. 102. — 4. Oiseaux, 1570.
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stratège *. > Et il demande une cuvette pour vomîr.
Aristophane nous a montré dans les Acharniens le type du stratège populaire en la personne de Lamachus. Qu'on se représente une espèce de bravache, coiffé d'un casque énorme, à triple aigrette, ayant les sourcils en accent circonflexe, la voix tonitruante. Une parle jamais que de tailler Tennemi en pièces. Par la mort I par la tête ! par le ventre ! On croirait entendre le Sylvestre des fourberies de Scapin. Notre héros apparaît à la fin de la pièce, blessé, non point par l'ennemi, mais à la suite d'une chute ridicule dans un fossé.
Voilà les stratèges selon le cœur de ces orateurs démocrates, fauteurs d'une guerre stupide dont ils n*ont euxmêmes rien à craindre, et dont ils profitent. Quant à ceux que choisissent les aristocrates et qui font honnêtement leur métier de soldats, tout en regrettant une guerre qu'ils désapprouvent, gare à eux! Les sycophantes veillent. € Je te calomnierai, si tu es stratège * . » Ce cri odieux de Cléon est le mot d'ordre de tous les démagogues. Combien de généraux distingués en ont été victimes, depuis Lâchés jusqu'aux stratèges qui commandaient aux îles Arginuses ! Aristophane, parmi tous ces procès, n'a raconté que celui de Lâchés, mis en accusation en 426, après une expédition en Sicile. On se souvient delà scène des Guêpes où le poète met en scène le jugement du chien Labès, accusé par un autre chien. Aristophane ne se fait pas faute derire même aux dépens de l'accusé; il le préfère cependant à l'accusateur. Lâchés — le chien Labès — a fait comme tous les autres ; il a pris aux alliés le plus d'argent qu'il a pu, et quelques pièces de monnaie se sont égarées dans ses poches. Qui a le droit