GuêpèSf
pour être libres au dedans il fallut qu'ils fussent \e% maîtres au dehors. L'ambition et le goût des aventures •continuèrent ensuite ce que la raison avait commencé. Les États démocratiques sont plus faibles que les autres, mais ils ne sont pas moins vains d'eux-mêmes; la forc3 militaire les séduit d'autant plus qu'elle leur est moins naturelle. Avoir été confinés, pendant la domination de la royauté ou de l'aristocratie, dans les bourgs do l'Attique, puis, tout à coup, en même temps qu'ils se donnaient un gouvernement libre, avoir pris si rapidement leur essor jusque dans la mer Ionienne et dans le Pont-Euxin, être devenus en peu de temps les premiers ■de la Grèce, avant-garde de la civilisation hellénique en face de TOrient et centre de la liberté démocratique en regard de Sparte, il y avait là de quoi chatouiller la -vanité des petits marchands du Pirée et de l'agora. Aussi, lorsque la guerre éclata, les démocrates les plus avancés se montrèrent les plus belliqueux; c'est à eux d'ailleurs que la guerre coûtait le moins. Au contraire, les nobles se sentaient déchoir à mesure que l'empire grandissait ; ils voyaient dans la ville de Sparte le soutien de leur cause plutôt qu'une ennemie; enfin ils souffraient plus que tous les autres citoyens des dépenses de la guerre. Une paix aussi prompte que possible, à des conditions modestes, voilà le programme raisonnable en apparence qu'ils opposaient aux prétentions insensées du parti de la guerre. C'est ce programme qu'Aristophane a défendu avec une incroyable variétc d'arguments et de ressources d'esprit, dans la pluparl de ses comédies.
Le parti de la paix, sur lequel les poètes comiques s'appuyaient, était d'ailleurs très puissant. A côté de <ïeux que leur ignorance et leur obscurité encourageaient
à poursuivre la guerre, il y avait un grand nombre de citoyens, même parmi les amis de la démocratie, qui en ressentaient surtout les dommages et les tristesses. C'étaient d'abord les riches propriétaires de TAttique, dont l'ennemi pillait chaque année les domaines, et dont la fortune disparaissait dans le gouffre des contributions de toute sorte ^ L'orateur Lysias parle dans un de ses discours d'une famille qui possédait, au commencement des hostilités, 80 talents (471,520 francs), et, à qui, à la fin de la guerre, il ne restait plus rien. Nicias avait un capital de 100 talents (589,400 francs), son fils Eucrate n'en laissa que 14; Callias avait 200 talents(l, 178,100 francs), son petit-fils était pauvre '. La guerre du Péloponnèse a coûté en trois ans 1431-428) 2,500 talents (21,485,000 francs). Les gens de la campagne avaient encore plus à souffrir de la guerre ^. Tandis que l'ennemi ravageait leurs champs, ils se réfugiaient dans la ville, où ils logeaient, dit Aristophane, « dans des tonneaux, dans des nids de vautours, dans des poulaillers * », perdant tout leur bien et obligés de faire campagne. Enûn, la guerre avait pour ennemies acharnées les femmes, qui la détestent par nature, et que le poète, dans sa comédie de Lysistrata, appelle à son aide. Elles avaient à leur disposition bien des raisons, la peste, la ruine, les maris et les fils morts sur tant de champs de bataille, sans parler d'autres arguments moins édifiants, que donne Aristophane, mais qui n'ont rien à faire ici.
Athènes était surtout malade d'orgueil; les discours