‹ Aristophane et l'ancienne comédie attiqueChapitre 55 sur 242 · Chevaliers, 792 et suiv · texte numérisé non relu

Chevaliers, 792 et suiv

de ses orateurs lui avaient tourné la tête. Il fallait attaquer le mal dans sa racine. Le poète raille donc d'abord ces ridicules prétentions à Thégémonie universelle qui germaient dans les cerveaux athéniens, et dont leur superstition faisait complices les dieux eux-mêmese Lorsque Cléon, dans les Chevaliers^ apporte à Démos un tas d'oracles pour répondre aux accusations du marchand de boudins, Démos lui répond avec une fatuité naïve : c Voyons, lisez-moi ces oracles, mais surtout celui où il est dit de moi, ce qui me fait tant de plaisir, que je deviendrai un aigle dans les nuées * . » Contraste piquant entre l'humilité de la condition de ces braves gens, et leur sotte ambition. Pour séduire le marchand de boudins et le décider à entrer en lutte contre Cléon, Démosthène et Nicias lui promettent l'empire du monde. Ils le font monter sur son étal, et lui disent : t Vois toutes ces îles en cerle autour de toi? — Je les vois. — Bien. Et ces chantiers et ces navires de transport? •^ Oui. — Comment ne serais-tu pas au comble de la félicité? Dirige maintenant ton œil droit vers la Carie, et l'autre vers Carthage*. » La Carie, derrière laquelle s'étendent les profondeurs attirantes de l'Asie, Carthage, seuil de l'Afrique inconnue, voilà les lointains où les entraîne leur imagination. Et, de bonne foi, ils se croient destinés à les conquérir. Comme Philocléon, qui se compare à Zeus tonnant, chaque Athénien, au retour de l'Assemblée, rentrant dans son réduit, se sent supérieur aux autres hommes, et voisin des dieux. De tels rêves ont amené l'expédition de Sicile et la chute d'Athènes; — cinquante ans plus tard ils susciteront Alexandre.

i. Chevaliers, 4011 et suiv.

Page 1