‹ Aristophane et l'ancienne comédie attiqueChapitre 56 sur 242 · Chevaliers, 170 et suiv · texte numérisé non relu

Chevaliers, 170 et suiv

Ce n'était pas assez de railler rambition des Athéniens et d'en appeler à tous ceux que la guerre opprimait; il fallait faire toucher du doigt l'inutilité, l'injustice et les dangers de cette aventure fatale. Pour qui s'y était-on engagé? Pour des motifs futiles ou odieux. Ce ne sont pas, pour le poète satirique, les progrès de leur puissance et l'antagonisme inévitable de leurs intérêts qui ont mis aux prises Athènes et Lacédémone, et avec elles le monde hellénique divisé en deux camps; c'est Périclès qui pour obéir à Aspasie, pour se venger de l'enlèvement de deux prostituées par des jeunes gens de Mégare, a fait voter contre cette ville un décret qui a mis 'le feu partout*. Comme la guerre de Troie, la guerre du Péloponnèse a eu pour cause le bon plaisir d'une courtisane. Ailleurs, le poète, peu soucieux de se mettre d'accord avec lui-même, accuse Périclès d'avoir proposé le décret contre Mégare pour détourner Tattention publique et échapper à une accusation de concussion*. Inventions, calomnies grossières, semble-t-il; mais la population mécontente, inquiète, déconcertée par la longueur de la guerre et des échecs répétés, n'était que trop disposée à les admettre. Ënimputantà ses chefs la faute d'une entreprise malheureuse, on allait au devant de ses passions. Les calomnies du théâtre changeaient ses soupçons en certitude. Les démocraties veulent diriger les aifaires, mais sans en avoir la responsabilité ; un grand peuple ne peut être vaincu que s'il est trahi.

Athènes avait donc provoqué la guerre. Lacédémone avait-elle du moins mérité la haine qu'on lui portait? Question délicate, à laquelle Aristophane eut ladresse de répondre sans blesser la fierté de ses concitoyens. « Ne

i. Acharnicns, 523 et suiv.

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