‹ Aristophane et l'ancienne comédie attiqueChapitre 58 sur 242 · Aehamiens · texte numérisé non relu

Aehamiens

boucliers. Sparte n'aurait pas dû agir ainsi, dira-t-on. Et que vouliez- vous qu'elle fît * ? »

Présenter ainsi la défense d'un ennemi, en pleine guerre, voilà un exemple d'audace difficile à comprendre. Les précautions prises par le poète le rendent encore plus significatif. Quatre ans plus tard, il est vrai, au moment où allait se signer la paix de Nicias, Aristophane reprit le même sujet, mais dans un tout autre esprit. Il déclarait alors que Lacédémone avait, par ses intrigues, rendu la guerre inévitable*. Pourquoi cette contradiction ? C'est qu'en 425 le parti de la guerre était au pouvoir; Aristophane avait intérêt à rejeter sur ce parti le poids de toutes les erreurs commises et de tous les malheurs soufferts; en 421, au contraire, les amis du poète dirigeaient les affaires, et il était moins nécessaire de calomnier les vaincus.

Ainsi engagée pour satisfaire l'ambition d'un homme, la guerre a été continuée pour assouvir des convoitises personnelles. Les chefs du parti démocratique l'ont poursuivie avec opiniâtreté, parce qu'ils avaient intérêt à pêcher en eau trouble. Le peuple, aveuglé par le brouillard de la guerre ^, n'y voyait goutte, et réduit à la misère, il se vengeait en opprimant les alliés sous prétexte de défection. N'ayant rien autre chose à mettre sous la dent, il vivait des revenus de la délation. Pendant ces tristes années, les poètes comiques prêchent la révolte, répandent l'alarme, crient à la trahison. Ils harcèlent sans relâche, de leurs épigrammes, de leurs injures, de leurs mensonges, tous ceux qui veulent continuer la guerre, sans se demander ce que vaudrait une

i. Acharniens^ i91-oî)G.

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