Voél., IV
finies s quand le vin nouveau était prêt, on venait à la ville ou au bourg voisin pour le vendre. C'étaient plusieurs jours d'amusement et de ripaille. On se gorgeait de vin, on se barbouillait la figure avec la lie qui restait au fond des outres, et, formée en cortège, la foule avinée allait processionnellement par les routes, promenant le phallus emblématique, et chantant les louanges du dieu. Les allusions grossières et les gaietés carnavalesques faisaient le fond de ces chants, hymne reconnaissant de la brute aux forces génératrices de la nature. Ceux qui ne chantaient pas accompagnaient les choristes de leurs quolibets et de leurs cris. Et Ton daubait sur celui-ci, sur celle-là, sur le voisin, sur les magistrats, sur les richards du pays. Les femmes regardaient passer la bande, et riaient aux bons endroits. Si Ton suppose qu'à certains arrêts de la procession un des principaux chanteurs, celui qui avait le plus de faconde, prenait la parole en interpellant le choeur ou les spectateurs, et que ceux-ci lui répondaient, on voit quel genre de pièce se jouait déjà, toute satirique, inspirée par l'ivresse et par l'exaltation du moment, t Voulez-vous, dit le chœur dans une des pièces d'Aristophane, que nous nous moquions ensemble d'Archédème? » Ce vers significatif nous donne l'idée de ce qu'étaient les scènes de cette comédie improvisée '. Une sorte de débat grotesque s'engageait sur les personnes que l'on se plaisait à tourner en ridicule. Mais l'imagination des improvisateurs s'épuisait vite, et le chœur reprenait bientôt sa marche, et la chanson obscène retentissait autour de Fhalès triomphant, symbole cynique du culte de la joie. On ne saurait trop insister sur ce point : c'est là