Aristophane, Grenouilles, 416 (édit. Didot
que la comédie prit ses premières inspirations, c'est par là et dans cette direction qu'elle fut mise en mouvement. Le lyrisme exubérant de ses premiers poètes, de Gratinus, par exemple, l'âpreté de leurs satires et la crudité de leur langage viennent de là. Chansons obscènes, libres insultes, propos indécents étaient autorisés par Dionysos et consacrés par lui. En obéissant à leurs passions instinctives, les phallophores obéissaient à un dieu. La religion ajoutait la force de son impulsion à celle de la nature; au lieu de les retenir, elle lançait ses fidèles, ivres de vin, de bruit et de soleil, sur les chemins de la montagne, qu'ils remplissaient de leurs chants et de leurs buveries. Gomme dans l'hymne homérique * , l'ivresse les frappait d'une stupeur divine ; ils voyaient couler sur le sol le vin à la douce saveur, au parfum d'ambroisie; ils se figuraient voir la vigne étendre ses bras chargés de grappes; le dieu leur apparaissait, jeune, impérieux, souriant, et, pleins d'amour, ils se livraient à lui.
Il semble que de pareilles priapées n'ont rien de commun avec la littérature. La comédie en a pourtant conservé l'esprit, tant qu'elle s'est souvenue de ses origines. Aussi, est-ce en se reportant à ces origines qu'il faut la juger. Pour assister au spectacle comique et pour y prendre part, il fallait être initié aux orgies des Muses et sentir en soi l'inQuence de Dionysos *. Aristophane nous a mis sous les yeux, dans les AcharnienSf un tableau de la fête de Dionysos et un fragment de chant phallique. Le bonhomme Dicéopolis célèbre dans son dème les Dionysies champêtres '.
i. Hymne VI.