‹ Aristophane et l'ancienne comédie attiqueChapitre 65 sur 242 · Thucydide, M · texte numérisé non relu

Thucydide, M

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ferait ce réquisitoire. Ces traits qui éclatent çà et là, à chaque instant, d'une manière inattendue, atteignent le môme point, élargissent la même blessure. Ils entrent (liins l'esprit du lecteur, ces traits agiles et subtils, ils y insinuent leur venin, le mépris, le mépris du peuple qui aurait mérité une telle satire, le mépris de la démocratie elle-môme.

Mais en examinant les choses de plus près, on reconnaît vite les points faibles de cette satire. La peinture est trop haute en couleur pour être vraie, et le parti pris de l'écrivain y est trop évident. Tant de sottises et de turpitudes étalées avec satisfaction nous mettent en déliance, et cette défiance augmente encore quand on voit que les attaques du pamphlétaire portent toutes du même coté. Aristophane n'est pas un philosophe pessimiste s'acharnant à montrer dans Thomme les mauvais instincts qui le font agir; chez lui certains hommes seulement sont des sots ou des infâmes; ce sont les démocrates; des autres, il n'est pas question. Il manque donc à son tableau de la politique athénienne une contrepartie; aux vices de la démocratie le poète aurait dû opposer les vertus de ses adversaires; il n'a pas osé aller jusque-là. Tout ce que sa verve satirique peut accorder môme à ses amis, c'est le silence. Encore se trahit-il parfois au point de laisser voir le peu qu'ils valaient eux-mômes.

' En mainte circonstance l'injustice et l'exagération d'Aristophane éclatent audacieusement; j'en relèverai seulement quelques-unes. Noos avons vu qu'il se plaignait

LE GOUVERNEMENT. — LES INSTITUTIONS. Hl

amèrement des choix que faisait le peuple dans rélectiou des stratèges. Or, si Ton parcourt la liste des stratèges pendant la guerre du Péloponnèse, on verra que les riches l'occupent presque tout entière. Les élus étaient ordinairement des personnages de haute condition, connus pour leur expérience militaire. Les poètes comiques ont crié au scandale lors de l'élection de Cléon, parce que de pareils choix étaient fort rares. Ils s'indignaient, non point de voir les nobles exclus des élections, mais de no pas pouvoir en écarter les hommes nouveaux. Leur indignation se tourne contre eux et les condamne. Un ennemi de la démocratie, l'auteur du Traité sur la Répit" blique d'Athènes, a sur ce point rendu justice au peuple. « Le peuple ne croit pas devoir briguer les fonctions de stratège ou d'hipparque; il voit bien qu'il vaut mieux pour lui ne pas commander, et laisser les commandements aux plus grands citoyens *. »

Aristophane s'indignait fort de ce que beaucoup de services publics, autrefois gratuits, fussent maintenant salariés. 11 est clair, en effet, que du jour oiîi le peuple exerça les fonctions publiques, il fallut payer les fonctionnaires. Qu'un ambassadeur faisant un long séjour à l'étranger, qu'un général conduisant une expédition, un hoplite servant dans l'armée, un marin ramant sur une trière, reçût une solde à peine équivalente au revenu de son travail, il n'y a rien là qui doive nous étonner. Les poètes comiques, cependant, s'en étonnaient, fidèles à la tradition d'après laquelle les fonctions publiques doivent être dévolues à ceux qui peuvent les remplir gratuitement, c'est-à-dire aux riches. Ce ne sont point les abus qu'ils dénoncent, mais le principe même de la rétribution.

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