‹ Aristophane et l'ancienne comédie attiqueChapitre 68 sur 242 · Chevaliers · texte numérisé non relu

Chevaliers

2. Xénophon, Mémorables, III, 5, 18. Sup le rôle militaire des

m ARISTOPHANE.

Aristophane prend aussi en pitié les villes alliées, rançonnées par les tribunaux athéniens. Je pourrais opposer aux accusations du poète comique la réponse que Thucydide prête aux Athéniens eux-mêmes, c On nous reproche, disent-ils, d'aimer les procès. Mais personne ne réfléchit qu'on ne fait pas ce reproche aux villes qui, ayant quelque part un empire, se montrent moins modérées que nous à l'égard de leurs sujets. Celui qui peut employer la violence n'a pas besoin de recourir à la justice. Et cependant, nos alliés, habitués à jouir des mômes droits que nous, dès que, contre leur attente, il faut se soumettre à nos décisions ou à la puissance que nous donne notre commandement, au lieu de nous savoir gré de ne pas perdre davantage, s'indignent plus fort que si, dès le commencement, mettant de côté les lois, nous avions été ouvertement usurpateurs'. » Il en est ainsi dé la démocratie; comme elle n'a d'autre raison d'être que la liberté, on lui en veut de ne pas la donner tout entière, tandis que l'on souffre avec patience le despotisme d'un maître. Et pourtant, si nous nous plaçons au point de vue antique, il est impossible de ne pas donner raison aux Athéniens. La conquête conférait tous les droits; il conviendrait donc de les féliciter d'avoir établi, théoriquement au moins, dans l'organisation de leur empire, le principe de Tégulité des maîtres et des sujets devant la loi. 11 faudrait surtout démontrer, pour donner décidément raison à Aristophane, que les fonctionnaires chargés par Athènes de prélever les tributs des alliés étaient plus durs que les harmostes de Lacédémone. D'ailleurs, ne trouve-t-on

chovaliors, consulter l'ouvrage do M. Martin : les Cavalias athé^ niens. Paris, Thorin, 1886, livre IV, chap. i« 1. Tiiucydiao, 1, 77,

LE GOUVERNEMENT. — LES INSTITUTIONS, ilo

pas dans Aristophane lui-môme la réponse aux injustices d'Aristophane? Est-ce donc par tendresse pour les alliés et par esprit d'humanité, que le poète réclame contre les exactions des démocrates ? Sa philosophie politique ne va pas jusque-là. Il regrette les crimes dont ses amis ne sont pas les seuls à profiter. L'administration des finances était confiée surtout aux classes riches ; Aristophane ne s'en est jamais plaint. Quant aux alliés, ils sont nés pour faire vivre Athènes; c'est Bdélycléon, l'interprète des sentiments de l'aristocratie, qui le proclame. « Il y a mille cités qui nous apportent le tribut; qu'on ordonne à chacune d'elles de nourrir vingt Athéniens, et vingt mille de nos concitoyens, couronnés de fleurs de toute espèce, ne vivront plus que de lièvre, de fromage et de lait. On mérite bien cela, quand on est du pays dont nous sommes, et qu'on a le trophée de Marathon * ! » Ces vers, qu'il ne faudrait pas prendre à la lettre, et qui cachent sans doute une satire, nous donnent du moins la mesure de la générosité des nobles à l'égard des alliés ; à ce point de vue, ils ne laissaient rien à envier aux gens du peuple. L'opinion universelle à Athènes était qu'avec la laine tondue sur le dos des villes, Athènes devait se faire un bon manteau*.

A la peinture d'Athènes gouvernée par la démocratie, il serait donc facile d'opposer la peinture du gouvernement aristocratique ; celle-ci ne le céderait certainement pas à la première. Les amis d'Aristophane ont été deux fois au pouvoir, de son vivant: d'abord après l'expédition de Sicile, par la révolution des Quatre-Cents, puis après la prise d'Athènes, avec les Trente. Deux fois ils ont profité des malheurs de la patrie pour prendre le pou- '

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