‹ Aristophane et l'ancienne comédie attiqueChapitre 8 sur 242 · Ar., Acharniens, 241 et suiv · texte numérisé non relu

Ar., Acharniens, 241 et suiv

t D. — Silence, silence. Que la canéphore se tienne un peuen avant, et toi, Xanthias, mets bien droit le phallus.

La Femme. — Dépose la corbeille, ma fille; nousallons commencer le sacrifice.

La Fille. — - Mère, donne-moi la cuiller, pour que je verse la purée sur ce gâteau.

D. — Bien. — Dionysos, mon maître, puissé-je, moi qui en ton honneur conduis cette pompe et offre ce sacrifice avec tous les miens, puissé-je célébrer heureusement les Dionysies champêtres, maintenant que je suis débarrassé du service militaire; que cette trêve de trente ans me soit propice.

Allons, bellement, ma fille, porte bien la corbeille ; aie l'œil brillant comme si tu venais de manger un piment. Ileureux celui qui t'épousera et te fera... lâcher dea vents comme une fouine, en te serrant dans ses bras, au point du jour. Avance, et prends garde que dans la foule on ne t'arrache tes bijoux.

Eh ! Xanthias, il faut tenir le phallus droit derrière la canéphore; moi, je suivrai en chantant le chant phallique. Et toi, femme, regarde-nous du haut du toit. En avant. — Phalès, compagnon des orgies de Bacchus, paillard, pédéraste, après six ans d'absence, revenu dans mon dème, je suis heureux de t'adresser la parole. J'ai obtenu une trêve pour moi. Au diable les affaires, et les combats, et les Lamachus. Combien il est plus agréable, 6 Phalès, cher Phalès, de dénicher une jolie fille volant du bois sur le Phélée, la Thratta de Strymodoros. On la prend par le milieu du corps, on la couche sur le dos^ et on l'exécute. Phalès, Phalès, si tu veux boire un coup avec nous, le matin, quand nous serons dégrisés, tu avaleras un bon plat de paix. Quant au bouclier, on le suspendra à la cheminée. »

Cette scène étrange, à laquelle assistent et prennent part une jeune fille de condition libre et sa mère, n'est que le prélude de la pompe et du chant phallique, mais elle en annonce clairement le caractère. 11 ne s'y trouve, pour ainsi dire pas un mot qui ne soit une plaisanterie, un calembour ou une équivoque obscène. Le chant luimême devait, au milieu des formules consacrées, contenir des développements plaisants et des apostrophes, telles que leur imagination et les circonstances particulières de la fête pouvaient en inspirer à ces campagnards ^excités par le vin. Certains chœurs d'Aristophane, par exemple, la scène et le chœur final des Guêpes et celui de {'Assemblée des femmes^ nous en donnent l'idée.

Ce chœur, avec les farces qui lui servaient de préambule et de conclusion, fut pendant longtemps toute la ■comédie. De ces farces mômes, il est passé quelque chose -dans la comédie littéraire. Ici, c'est le poète qui lance aux spectateurs des noix*, des figues et des friandises', nfin qu'ils se jettent dessus et se les disputent avec des rires et des cris; là, ce sont des vieillards qui se frappent A coups de bâton en lâchant des bons mots orduriers'; tantôt, c'est une vieille femme ivre qui danse la cordace *, tantôt, c'est un homme déguisé en femme, et dont dos femmes inspectent minutieusement le corps, pour reconnaître son sexe ^^ et, partout, des mots inconvenants, qu'il est impossible de traduire en français. Aristophane a tracé d'un crayon énergique le portrait de cette comédie primitive, qui existait encore de son temps, et qu'il

\, Ar., Guêpes, 88-59.

2. Ar., PlutuSj 797-99, Cf. l'anecdote racontée par Athénée, IX, p. i06 f., îï propos dllégémon deThasos.

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