L:. Lysisirala, 1128 et sui
plus brillant interprète? C'est la politique des philosophes.
Enfin, à propos des événements de la politique intérieure, après les luttes des partis, leurs crimes et leurs vengeances, il est arrivé à Aristophane de recommander le pardon des injures, la réconciliation, l'amnistie. • Le chœur sacré doit à la ville d'utiles conseils et de bonnes leçons. Et d'abord, nous pensons qu'il faut rétablir l'égalité entre les citoyens et supprimer la terreur. En est -il qui aient failli, trompés par les intrigues de Phrynichos, je dis qu'il faut permettre à ces égarés de présenter leur défense et d'effacer leurs erreurs passées. Je dis ensuite que personne dans la cité ne doit ôtre privé de ses droits de citoyen. N'est-ce pas une honte que des gens qui ont pris part à un seul combat sur mer soient traités comme des Platéens, et d'esclaves deviennent maîtres? — Je ne dis pas que ce soit un mal; j'approuve au contraire; c'est même la seule mesure sensée que vous ayez prise. Mais n'est-il pas juste qu'à ceux qui, tant de fois, comme leurs pères, ont combattu avec vous, et qui ont la môme origine que vous, n'est-il pas juste que vous accordiez, quand ils le demandent, le pardon de leur unique faute? Renoncez donc à votre colère, vous qui êtes des gens sensés, permettons à tous ceux qui ont combattu avec nous et qui sont nos frères, de jouir des mêmes droits, d'être des citoyens. Mais si nous restons gonflés d'orgueil et inflexibles, alors que nous sommes ballottés par la tempête, plus tard on verra que nous avons eu tort*. »
11 est vrai que dans ce passage des Grenouilles, écrit
i. Grenouilles, 686 et suiv.
en 405, Aristophane plaide pour les siens, puisqu'il s'agit des citoyens qui avaient pris part à la conjuration des Quatre-Cents. On ne peut méconnaître cependant l'accent de simplicité grave et triste avec lequel le poète, arrivé à Vêige mûr et éclairé par les désastres répétés de la guerre, rappelle la nécessité urgente de la concorde. La rivalité des démocrates et des nobles s*efîace ici devant un sentiment plus généreux de patriotisme athénien. Au reste, il est facile de remarquer, dans les comédies d'Aristophane, combien le ton a changé, des premières aux dernières, à mesure que la guerre se prolongeait et que les jours devenaient plus sombres.
Dans ses premières comédies, lorsque Athènes était encore prospère et qu'on pouvait se fier à sa fortune, le jeune poète, comme enivré de son rôle de justicier, s'acharnait contre la démocratie triomphante; les sarcasmes, les rires ironiques et vengeurs éclataient à chaque vers. Puis les échecs sont venus, puis les désastres, suivis de révolutions à l'intérieur; dès lors il se détourne de la politique, ou, s'il y revient, les injures ont diminué, le ton s'est élevé; le satirique désabusé des polémiques et des querelles intestines semble se rallier sincèrement à une politique d'union entre les modérés de tous les partis, en vue de la paix.
Le poète patriote et religieux Eschyle, dont la ville tout entière vénère le nom et admire les ouvrages, sera, sur la terre où il va remonter, le conseiller de cette politique. « Va, lui dit Pluton, à la fin des GrenouilleSy sauve notre ville par tes bons avis, et donne la raison aux insensés. 11 y en a beaucoup. » — « Dieux souterrains, ajoute le chœur, faites que le poète qui nous quitte pour revenir à la lumière, accomplisse un heureux voyage, et donnez à la ville les sages penscco,
d'où sortent les grands biens. Ainsi soyons-nous délivrés de toutes nos misères, et du conûit douloureux des armes*. »
Qu'Athènes repousse donc les excitations des mauvais citoyens qui la perdent, et qu'elle écoute les honnêtes gens; Aristophane n'en demande pas davantage, et quand même, pour échapper à la ruine, elle subirait la dictature d'un chef comme Alcibiade, le poète ne protestera pas. Il va même plus loin : par la bouche d'Eschyle, il va recommander la politique préconisée autrefois par Périclès. • Les Athéniens seront sauvés, dit-il, lorsqu'ils regarderont comme étant leur le territoire des ennemis, et le leur comme étant aux ennemis, et leurs navires comme leur richesse, et leur richesse comme leur pauvreté *. » Il n'est pas difficile de reconnaître dans ces paroles énigmatiques le conseil donné par Périclès aux Athéniens de laisser ravager leurs terres et de ravager à leur tour celles des Lacédémoniens, et de compter uniquement sur leur marine pour se procurer des ressources et s'assurer la victoire. Il est curieux de voir Aristophane revenir, à vingt-cinq ans d'intervalle, à une politique que le parti conservateur avait combattue avec tant de vivacité. Mais Aristophane a-t-il parlé sérieusement? L'oracle entortillé d'Eschyle a plutôt l'air d'une plaisanterie. La fameuse politique de Périclès avait complètement échoué, alors qu'il était possible de l'appliquer : le moment était-il bien choisi de la faire revivre, lorsque Athènes n'avait pas à s'inquiéter seulement de voir les Lacédémoniens envahir l'Attique, mais lorsqu'il fallait défendre les murs de la cité? Peut-être répétait-on,
i. Grenouillett 15^8 et suiv.
â. Grenouilles, 1463 et suiv.
sans y réfléchir, Ja maxime favorite du grand homme, comme une formule magique, quand il était trop tard pour y recourir utilement. C'est au moment de périr que les nations, comme les individus, croient le plus volontiers aux formules et aux panacées. Aristophane n'y croyait pas, et son dernier conseil est une ironie. Un an plus tard, Athènes était prise, et depuis lors, le poète ne toucha plus que très rarement aux hommes et aux questions politiques.