‹ Aristophane et l'ancienne comédie attiqueChapitre 79 sur 242 · Thucydide, II, 22, i · texte numérisé non relu

Thucydide, II, 22, i

à le renverser; on lui reprochait sa tyrannie et sa lâcheté. En vain avait-il abandonné à l'État ses propres domaines, au cas où le roi de Lacédémone, Archidamos, son hôte, les épargnerait; on ne l'en attaquait pas moins, comme s'il se fût borné à contempler en égoïste les maux dont il était l'auteur. Un secours inutile venu de Thessalie faisait dire au poète Hermippe : « Et Zeus, sans s'inquiéter de tout cela, reste muet, et brasse sa bouillie thessalienne. > — « Roi des satyres, s'écriait le même poète, dans la même pièce; pourquoi ne veux-tu pas porter la lance? Pourquoi fais- tu des discours magnifiques sur la guerre et nous promets-tu d'avoir rame d'un héros? Puis, tu trembles, dès que tu entends aiguiser sur la pierre dure une lame de poignard, et tu frémis sous la morsure du brillant Cléon *. » Ces vers précèdent de quelques mois seulement l'échec de Périclès aux élections de 430 et le procès de concussion qu'il eut à soutenir dans l'été de la môme année.

La disgrâce de Périclès ne fut pas de longue durée; quelques mois après l'avoir condamné, le peuple lui remit de nouveau le pouvoir suprême. Mais ses ennemis n'avaient pas désarmé. Dans sa NémésiSy pièce jouée sans doute en 429, l'année même de la mort de Périclès, Cratinus mit une fois de plus sur la scène les amours de Périclès et d'Aspasie, qu'il représentait sous l'allégorie ingénieuse et mordante des amours de Zeus et de Némésis. Périclès venait d'obtenir, après la mort de ses deux fils légitimes, que le fils qu'il avait eu d'Aspasie fût légitimé. Cette infraction à une loi que Périclès avait lui-même rétablie dans toute sa rigueur une quinzaine d'années auparavant ', excita l'indignation parmi les conservateurs. Le

4. Hermippe, fr. 16 des Moirai; id., ibid,, fr. il, 2. Plutarque, Vie de Périclès, 37.

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. poète Cratinus a exprimé cette indignation dans un vers de sa comédie, où l'un des personnages interpelle ainsi Périclès : « Viens, Zeus, patron des étrangers, Zeus dolichocéphale *. > Le souvenir de cette origine impure resta attaché au nom du fils de Périclès et d'Aspasie. Dans sa comédie des Dèmes, jouée en 412, Eupolis représente Périclès, sorti des enfers et demandant des nouvelles de son fils au vaillant général Myronidès. — P. Et mon bâtard vit-il? — M. Oui, certes, et depuis longtemps il serait illustre, si la honte d'être né d'une prostituée ne pesait pas sur lui *.

Quelques mois après la représentation de NémésiSy Périclès mourut. Dès lors, n'ayant plus rien à redouter de lui, le parti aristocratique le proclama grand homme. Le nom de Périclès lui servait d'ailleurs à rabaisser le mérite de ses successeurs. Dans sa pièce célèbre des Dèmes, où il opposait la petitesse et les vices des contemporains à la grandeur et aux vertus des anciens, Eupolis loua Périclès en ces termes : c 11 fut le plus grand des hommes dans l'art de parler. Quand il se présentait à la tribune, il laissait loin derrière lui, comme font les bons coureurs, tous les autres orateurs. Il avait la parole facile^ mais en outre de cette facilité, la persuasion habitait pour ainsi dire sur ses lèvres, tant ses discours avaient de charme. Seul de tous les orateurs, il laissait l'aiguillon dans l'esprit des auditeurs. » Et qui le remplace, ajoutait-il, un misérable, un fléau de la patrie, Démostrate '. En même temps, le poète invoquait

1. Je traduis par un à peu près ce vers dont le texte n'est pas fixé.

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